La passion du Christ
Réalisateur : Mel Gibson

Genre : Historique, Biographie, Drame

Date : 31 mars 2004

Durée : 2 h 7

Origine : Américain

Distribution : Quinta Communications, Newmarket Film Group

Titre Original : The passion of the Christ

Résumé

Note de la production

Acteurs :

Jim Caviezel : Jésus Christ

Monica Bellucci : Marie madeleine

Maria Morgenstern : Marie

Luca Lionello : Judas Iscariotes

Hristo Naumov Shopov

Claudia Gerini : Claudia Procles

Sergio Rubini : Dismas

Toni Bertorelli : Annas

Roberto Bestazzoni : Malchus

Francesco Cabras : Gesmas

Directeur Photo : Caleb Deschannel

Chef Décrorateur :

Francesco Frigeri

Carlo Gervasi

Chef Monteur : John Wright

Cascadeurs : Stefano Maria Mioni

Animation et effets visuels : Keith VanderLaan

Musique :

John Debney

James Horner

Effets Spéciaux : Franco Ragusa

Scénario :

Mel Gibson

Benedict Fitzgerald

Producteur :

Bruce Davey

Stephen McEveety

Mel Gibson

Production : Icon Productions

Producteur executif : Enzo Sisti

Lieux de tournage :

Basilicata, Italie.
Craco, Matera, Basilicata, Italie.
Matera, Basilicata, Italie.
Rome, Lazio, Italie.

Budget :

Site officiel : http://www.lapassionduchrist-lefilm.com/skip.html

Récompenses :

Oscar :

2005 : Nomination meilleure Photographie : Caleb Deschanel

2005 : Nomination meilleure musique : John Debney

2005 : Nomination meilleurs maquillages : Keith VanderLaan, Christien Tinsley

 Résumé :
La Passion du Christ fait le récit des 12 dernières heures de la vie de Jésus de Nazareth. Le film commence au mont des Oliviers (Gethsémani), où Jésus est allé prier après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres; il résiste maintenant aux tentations de Satan. Trahi par Judas, Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs des pharisiens l’accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort.
Jésus est amené devant Ponce Pilate, le gouverneur romain de la Palestine, qui écoute les accusations portées contre lui par les pharisiens. Conscient que cette affaire pourrait dégénérer en conflit politique, il décide de faire comparaître Jésus devant le roi Hérode. Or, Hérode renvoie à son tour Jésus à Pilate, qui fait alors appel à la foule, lui demandant de choisir quel prisonnier devait être libéré entre Jésus ou Barabbas, criminel qui purge déjà une peine. La foule choisit Barabbas et fait condamner Jésus.
Jésus est remis aux mains des soldats romains qui, après l’avoir roué de coups, l’amènent à Ponce Pilate. Celui-ci présente alors un Jésus méconnaissable à la foule, croyant la calmer... mais la foule est encore insatisfaite. Ponce Pilate se lave alors les mains de cette affaire, ordonnant à ses hommes de laisser le peuple décider du sort de Jésus.
On présente à Jésus une grande croix, qu’on lui demande de porter dans les rues de Jérusalem, jusqu’au mont Golgotha. Jésus y est crucifié. C’est là qu’il fait face à sa dernière tentation : la peur d’avoir été abandonné par Dieu le Père. Il vainc sa peur, regarde Marie, sa sainte mère, et prononce alors des mots que lui seul peut comprendre : « tout est accompli ». Il meurt après avoir dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. »
Au moment de sa mort, la nature se déchaîne.
Note de la production

 

À PROPOS DE LA PRODUCTION

C’est à Rome, là où la pierre, le marbre et la peinture sont imprégnés de siècles d’histoire, où Mel Gibson, lauréat d’un Oscar®, a récemment recréé un monde encore plus ancien pour son plus récent film, La Passion du Christ : celui de Jérusalem, au cours de la dernière journée de la vie de Jésus-Christ. Épaulé par des acteurs accomplis et une équipe de travailleurs infatigables, Gibson a revisité cette histoire éternelle en choisissant le réalisme et l’émotion brute sans compromis que permet le cinéma contemporain.

La Passion (du latin passio [« souffrance »], qui signifie aussi un amour profond et transcendant), fait allusion à l’agonie et, ultimement, à la rédemption, des 12 dernières heures de la vie de Jésus-Christ. On peut lire le compte rendu de ces heures dans 4 récits distincts qui figurent dans le Nouveau Testament de la Bible, et qui font l’objet, depuis 2000 ans, de multiples réflexions et analyses. La puissante imagerie entourant la Passion fascine depuis toujours les artistes, ayant influencé les Grands Maîtres de la peinture occidentale et inspiré de nombreux cinéastes.

Même à l’époque du cinéma muet de Thomas Edison, la Passion a intéressé les réalisateurs les plus ambitieux. En 1927, Cecil B. DeMille a réalisé le premier film épique (muet) sur la vie et la mort de Jésus, intitulé The King of Kings. Puis, en 1953, la 20th Century Fox utilisait pour la première fois la technique du cinémascope avec le film The Robe (La Tunique), qui mettait en vedette Richard Burton dans le rôle d’un tribun romain qui cherche la rédemption après la crucifixion. Dans les années 1960, les drames épiques bibliques constituaient un genre en soi, qui a atteint son apogée avec la fresque monumentale de George Stevens, The Greatest Story Ever Told (La plus grande histoire jamais contée), aux décors somptueux et à la distribution exceptionnelle.

À la même époque, le grand cinéaste Pier Paolo Pasolini abordait le même sujet, mais de manière innovatrice, dans Il Vangelo Secondo Matteo (L’Évangile selon Saint Matthieu), qui mettait en scène des acteurs amateurs. Ce film, tourné dans le style naturaliste et avec des dialogues tirés directement de la Bible, est l’œuvre de Pasolini qui a connu le plus grand succès.
Dans les années 1970, la Passion a inspiré deux comédies musicales modernes : Godspell et Jesus Christ Superstar. Plus récemment, Martin Scorsese s’est également intéressé à la question, avec son film controversé The Last Temptation of Christ (La Dernière Tentation du Christ).

Toutefois, aucun cinéaste n’avait encore choisi de raconter cette histoire de sacrifice passionnel de façon hyperréaliste, en accordant une attention toute particulière aux détails. Pour Mel Gibson, il s’agissait de la réalisation d’un rêve, dans lequel il a infusé sa propre passion et celles de nombreux collaborateurs, dont ses partenaires d’Icon Productions, Bruce
Davey et Steve McEveety.

« Avec ce film, j’ai voulu créer une oeuvre d’art appelée à durer, et stimuler une réflexion profonde chez les gens qui verront ce film, quelle que soit leur origine », affirme Gibson.
« Mon plus grand souhait est que le message de cette histoire de courage et de sacrifice extraordinaires puisse inspirer la tolérance, l’amour et le pardon. Il ne fait aucun doute que le monde dans lequel nous vivons a besoin de ces sentiments », poursuit-il.

L’idée de ce projet a commencé à germer dans la tête de Mel Gibson il y a plus de 12 ans, quand il vivait une crise sur le plan spirituel qui l’a amené à remettre en question sa propre foi et, en particulier, à méditer sur la nature de la souffrance, de la douleur, du pardon et de la rédemption. Gibson, dont le dernier travail derrière la caméra lui a valu un Oscar®, pour son film Braveheart, dont l’histoire se déroulait dans l’Écosse du 13e siècle, a alors compris qu’il tenait là l’occasion de mettre son art au service de ses convictions personnelles. Il a pensé utiliser toute la puissance de la technologie du cinéma moderne réaliste – et plus particulièrement les tendances actuelles en matière de direction photo, de direction artistique et de performances – au profit du récit de la Passion.

Mel Gibson a coécrit un scénario avec Benedict Fitzgerald (Wise Blood [Le Malin]) à partir, principalement, des récits des Évangiles selon Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc et Saint Jean, scénario qui se veut un compte rendu fidèle de ces textes. Gibson était bien conscient qu’il s’apprêtait à explorer l’inconnu – à la frontière où l’art, le récit et la foi se rencontrent. «Quand on s’attaque à une histoire aussi connue, et qui fait l’objet d’un si grand nombre d’idées préconçues, la seule option qu’on a, est de respecter le plus fidèlement possible les faits et sa propre façon de les exprimer sur le plan artistique. C’est ce que j’ai essayé de faire», raconte le réalisateur.

En ce qui concerne sa décision de privilégier un certain réalisme sur le plan visuel, Gibson affirme : « J’ai vraiment voulu exprimer l’ampleur de ce sacrifice, dans toute son horreur. Mais je souhaitais également faire un film ponctué de moments de grand lyrisme, de beauté, et d’amour inconditionnel, parce qu’en fait, c’est ce dont il s’agit : une histoire de foi, d’espoir et d’amour. À mon avis, c’est la plus belle histoire que l’on puisse jamais raconter ».

The Passion of The Christ (La Passion du Christ) est réalisé par Mel Gibson et produit par Bruce Davey, Mel Gibson et Steve McEveety. Enzo Sisti en est le producteur exécutif. Parmi les créateurs talentueux qui ont collaboré à ce film, notons : le directeur de la photographie Caleb Deschanel, nominé au Oscars® à quatre reprises; à la direction artistique, l’Italien Francesco Frigeri, lauréat de nombreux prix; à la conception des costumes, Maurizio Millenotti, qui a déjà été nominé deux fois aux Oscars®; à la création des effets spéciaux de maquillage, Keith VanderLaan et Greg Cannom (lauréat de deux Oscars®); et au montage, John Wright, qui a reçu deux nominations aux Oscars® .

L’ARAMÉEN – UNE LANGUE MORTE REVIT

L’une des premières décisions de Mel Gibson à titre de réalisateur de La Passion du Christ a été de faire parler le Jésus de son film dans la même langue que celle que parlait le véritable Jésus, il y a 2000 ans. Cette langue, c’est l’araméen, un parler sémitique très proche de l’hébreu, que certains linguistes considèrent aujourd’hui comme une langue morte, mais qui est toujours en usage dans certaines régions reculées du Moyen-Orient.

L’araméen était la « langue de relation » de cette époque, la langue de l’éducation et du commerce parlée partout dans le monde.. Au 8e siècle avant J.-C., on parlait couramment l’araméen de l’Égypte à l’Asie majeure, jusqu’au Pakistan, et c’était la principale langue des grands empires d’Assyrie, de Babylone et, plus tard, de l’empire chaldéen ainsi que du gouvernement impérial de la Mésopotamie. L’araméen s’est également répandu en Palestine, supplantant l’hébreu comme langue la plus couramment parlée entre 721 et 500 avant J.-C. Notons qu’une grande partie de la loi judaïque a été créée, débattue et transmise en araméen, et c’est aussi la langue à la base du Talmud.

Jésus aurait parlé et écrit ce qu’on désigne aujourd’hui comme l’araméen occidental, le dialecte des Juifs de cette époque. Après la mort du Christ, les premiers chrétiens ont rédigé certaines Écritures en araméen, relatant la vie de Jésus et propageant sa parole dans cette langue, dans de nombreux pays.

Langue historiquement employée pour exprimer des idées religieuses, l’araméen constitue un lien entre le judaïsme et la chrétienté. Le Professeur Franz Rosenthal a écrit, dans son ouvrage Journal of Near Eastern Studies (traduction libre) :
« À mon avis, l’histoire de l’araméen représente le triomphe, pur et simple, de l’esprit humain incarné dans la langue (qui est la forme la plus directe de l’expression de l’esprit)… [Cette langue] réussissait, avec force, à promulguer les questions spirituelles».
Pour Mel Gibson aussi, il y avait quelque chose d’immensément puissant que d’entendre les mots du Christ prononcés dans la propre langue de ce dernier.

Or, faire revivre l’araméen sur grand écran allait s’avérer un défi de taille. Après tout, comment s’y prend-on pour créer un film du 21e siècle avec des dialogues écrits dans une langue morte qui était en usage au 1er siècle?

Mel Gibson a fait appel au Père William Fulco, directeur de la chaire des Études méditerranéennes à la Loyal Marymount University et l’un des plus éminents experts au monde de cette langue et des cultures sémitiques classiques. Fulco a traduit les dialogues du scénario de La Passion du Christ en araméen du premier siècle pour les personnages juifs, et en « latin de la rue » pour les personnages romains, puisant dans ses vastes connaissances sur les plans linguistique et culturel. Après avoir traduit le scénario, le Père Fulco a agi à titre de formateur et conseiller en langues sur le plateau, demeurant en tout temps à la disposition de l’équipe de production, fournissant parfois des traductions et des conseils de dernière minute. Pour donner un son encore plus authentique aux dialogues, Gibson a consulté des personnes dont la langue maternelle est l’araméen, pour en saisir la sonorité. Le réalisateur se rappelle avec émotion de la première fois qu’il a entendu des mots prononcés dans cette langue qui est en train de disparaître.

Tous les acteurs du film ont d’ailleurs eu à apprendre des notions d’araméen (la plupart à l’aide de la phonétique), faisant de la distribution de ce film peut-être le plus important contingent d’acteurs à apprendre une langue morte en groupe. Pour Mel Gibson, le fait de tourner en « langue étrangère » présentait un autre avantage : l’apprentissage de l’araméen a créé un lien entre tous les acteurs, qui étaient d’origines et de cultures diverses, chacun parlant sa langue. «Rassembler des comédiens du monde entier au même endroit et leur faire apprendre la même langue leur a donné un sentiment d’appartenance, l’impression de partager quelque chose qui transcende les paroles », explique-t-il.

Ce travail a également obligé les acteurs à puiser encore plus profondément dans leurs ressources physiques et émotionnelles, au-delà des mots. « En s’exprimant en araméen, les acteurs devaient avoir recours à d’autres moyens pour incarner leur personnage – ils n’avaient plus les références que leur procure leur langue maternelle, ce qui a amené leur performance à un autre niveau. En quelque sorte, notre projet s’apparentait à la bonne vieille manière de faire du cinéma, puisque nous avions à cœur de raconter une histoire en nous aidant d’une imagerie et d’une expression aussi pures que possible », poursuit Gibson.

UN TRAVAIL FAIT AVEC AMOUR : LES ACTEURS ET LEURS RÔLES

Dès le départ, Mel Gibson savait que la création de La Passion du Christ reposait sur le choix de l’acteur qui allait incarner Jésus-Christ, un comédien qui devait être en mesure de se perdre complètement dans le rôle, et dont l’identité ne devait pas nuire au réalisme recherché par le réalisateur.

Au fil de ses recherches, Gibson est tombé sur James Caviezel, qui avait récemment tenu le rôle-titre dans Le Comte de Monte Cristo (The Count of Monte Cristo). Gibson avait été fasciné par une photo de Caviezel, particulièrement par son regard perçant et limpide, qui avait donné au réalisateur l’impression que l’acteur serait en mesure de rendre des sentiments tels que l’amour et la compassion sans avoir à prononcer une seule parole.

Quand Mel Gibson a téléphoné à James Caviezel, ce dernier a été tellement surpris que sa première réaction a été de lancer : « Mel qui? », ce à quoi Mel Gibson a répondu, du tac au tac: « Mel Brooks ». Mais la conversation a rapidement pris un tour sérieux, quand Gibson a parlé à l’acteur du rôle qu’il avait en tête pour lui – un rôle qui, a alors avoué le réalisateur, était si ardu et si truffé de pièges que lui-même le refuserait.

Jim Caviezel était intimidé, mais stimulé par le défi que représentait cette offre. Il s’est aussi dit que le fait qu’il venait de fêter son 33e anniversaire, l’âge qu’avait le Christ à sa mort, était une coïncidence formidable. Fervent catholique, Caviezel a également trouvé l’inspiration dans ses propres croyances et dévotions, ayant recours à la prière pour explorer davantage le personnage, les paroles et les tribulations de Jésus.

Or, rien n’aurait pu le préparer à l’épreuve qui l’attendait sur le plateau de La Passion du Christ. Comme l’explique Caviezel : « Chaque jour du tournage, on me crachait dessus, on me battait, on me flagellait et on m’obligeait à porter une lourde croix sur mon dos, dans un froid mordant. Ça a été une expérience extrêmement dure, presque indescriptible.
Néanmoins, je considérais que le jeu en valait vraiment la chandelle ».

Dès le départ, Mel Gibson a indiqué à son acteur principal qu’il avait l’intention de montrer les souffrances de Jésus de la façon la plus authentique qui soit, sans jamais reculer devant le chaos et la violence qui ont entouré le Christ, selon les Écritures. Même pour Caviezel, la torture infligée à Jésus tout au long du film était parfois terrifiante mais, affirme-t’il, «personne n’a jamais montré Jésus de cette façon, et je crois que Mel a montré les choses comme elles se sont réellement passées. Il n’a pas choisi d’insérer des scènes de violence pour le simple plaisir de le faire; jamais je n’ai eu l’impression que c’était gratuit. Oui, je crois que le réalisme de ce film en choquera probablement certains, mais c’est pourquoi cette oeuvre est d’une puissance si incroyable ».

Au cours de ce tournage exigeant, Caviezel a dû faire face à ses propres faiblesses d’une manière saisissante. Dans l’une des scènes les plus explicites du film, le Christ est fouetté à maintes reprises, puis flagellé de nouveau à l’aide d’un terrible instrument de torture romain appelé flagrum, ou « fouet à neuf lanières », un fouet dont le bout de chaque lanière est encastré dans du fil barbelé, de façon à arracher des lambeaux de peau du supplicié pendant la torture, entraînant la perte d’importantes quantités de sang. Pour qu’on puisse rendre avec véracité les nombreuses blessures du Christ, Caviezel devait plier tout son corps à de longues et éprouvantes séances de maquillage qui duraient des heures – supplice qui ne faisait que commencer pour lui, puisque le maquillage a fini par irriter la peau de l’acteur, lui causant des ampoules qui l’empêchaient même de dormir.

Le tournage des scènes de crucifixion s’est déroulé sur plus de 2 semaines, pendant lesquelles Caviezel devait porter ou, plus souvent qu’autrement, traîner, avec beaucoup de difficulté, une croix de 70 Kg (soit la moitié du poids d’une véritable croix de crucifixion) jusqu’au mont Golgotha pour y être cloué. Pour s’entraîner pour ce rôle exigeant, Caviezel se tenait contre un mur et y demeurait accroupi pendant des périodes de 10 minutes, et faisait des exercices de musculation pour renforcir ses muscles du dos. De surcroît, Caviezel a passé plusieurs heures à tourner au beau milieu de l’hiver italien, vêtu d’une simple culotte de drap, combattant l’hypothermie et ayant parfois si froid qu’il était incapable de parler. L’équipe de tournage a dû d’ailleurs, à quelques reprises, appliquer des compresses chaudes sur le visage de l’acteur, juste assez pour réchauffer ses lèvres et lui permettre de dire ses répliques.

Le tournage a été une succession d’extrêmes pour Jim Caviezel, atteignant un point culminant quand, moment le plus dramatique du tournage, Caviezel et l’assistant-réalisateur Jan Michelini, ont été frappé par la foudre alors qu’on tournait une scène pendant un orage. L’éclair a frappé le parapluie de Michelini, atteignant ce dernier et James Caviezel… sans
laisser, miraculeusement, une seule égratignure aux deux hommes.

Caviezel devait subir un grand stress physique et mental tout au long de la production – il a souffert d’une infection pulmonaire et d’une très douloureuse dislocation de l’épaule ainsi que de nombreuses coupures et ecchymoses. « Si je n’avais pas subi toutes ces épreuves, les souffrances que je devais exprimer à l’écran n’auraient jamais été authentiques. Je devais les vivre », affirme-t-il.

L’acteur a dû relever de nombreux défis sur le plan psychologique et spirituel, auxquels il ne s’attendait pas. « C’était bizarre, admet-il. Je me disais que je n’étais qu’un simple comédien qui joue son rôle, mais plus le temps passait et plus je me disais qu’il ne pouvait s’agir d’un simple rôle. Je n’aurais jamais cru que j’allais devoir autant prier au cours du tournage pour ne pas perdre le sens des proportions », dit-il.

Tout compte fait, James Caviezel est d’avis qu’il a tiré de nombreuses leçons de vie de ce tournage. « Ce rôle a changé ma vie, en ce sens que maintenant, je n’ai plus peur de faire ce qu’il faut… J’ai maintenant davantage peur de ne pas faire ce qu’il faut », explique-t-il.

Pour jouer le rôle de Marie, la mère de Jésus, Gibson est allé loin, choisissant la réputée comédienne roumaine d’origine juive Maia Morgenstern. Gibson l’avait vue dans un film européen des années 1990 et avait été frappé par la tendresse de son visage, pensant immédiatement à elle pour le rôle. Sans en savoir plus sur elle, il a alors entrepris des démarches pour la rencontrer, découvrant en cours de route qu’elle est considérée comme l’une des plus grandes actrices de sa génération dans son pays.

Maia Morgenstern affirme que la décision d’accepter ce rôle « ne constituait pas tant un choix que le moment de reconnaître cette occasion qui se présentait à moi, qui allait me permettre de vivre quelque chose d’unique ». Pour mieux comprendre la Vierge Marie, Morgenstern a analysé de multiples peintures, sculptures et livres à la recherche d’illustrations. « J’ai été très inspirée par l’art dans ma préparation pour ce rôle, précise-t-elle. Voir Marie dépeinte de manière si différente m’a permis de m’ouvrir à diverses émotions, de me laisser imprégner par elles. » Elle a en outre découvert un sens aux scènes qui révèlent toute l’affection et la joie que la Vierge partageait avec Jésus avant ces terribles événements.

Tandis qu’elle méditait sur la nature de Marie, l’actrice a commencé à voir le personnage sous un angle plus large. « Saisir le personnage de Marie consistait pour moi à comprendre une façon de vivre, à voir comment quelqu’un peut arriver à transcender la douleur et la souffrance, pour les transformer en amour, explique-t-elle. Je pense que voir son enfant souffrir, puis le perdre, comme Marie l’a vécu, est la chose la plus douloureuse qu’on puisse vivre, mais tout ce qu’elle peut faire, c’est de continuer à aimer et à faire confiance, puisant dans son cœur toute la compassion qu’elle peut offrir. C’est ce que je voulais transmettre à l’écran. » Fait intéressant, l’actrice était elle-même enceinte pendant le tournage, ce qui l’a inspirée encore plus dans son exploration des richesses de l’amour maternel. »

Maia Morgenstern est d’avis que le film arrive à point nommé pour le public d’aujourd’hui, quelles que soient ses croyances religieuses. « À mon avis, la beauté de ce film réside dans la façon, puissante, dont il parle de l’humanité, et du manque d’humanité qui a entraîné, et entraîne toujours, la mort de millions de personnes depuis 2 000 ans. Ces choses valent la peine qu’on y réfléchisse », ajoute-t-elle.

Se mettant à son tour dans la peau de l’une des femmes les plus aimée de tous les temps, Monica Bellucci (Asterix & Obélix : Mission Cléopâtre, Matrix Reloaded, Matrix Revolutions) incarne Marie-Madeleine. Quand la vedette de renommée internationale a entendu parler du projet de Mel Gibson, elle était tellement intriguée, qu’elle s’est mise à harceler le réalisateur pour le rencontrer à ce sujet. « Je croyais qu’il s’agissait d’un projet tellement fort et courageux; je savais que ce ne serait pas un film facile, mais qu’il s’agirait d’une oeuvre qui toucherait profondément le public, qu’on ne serait pas près d’oublier. C’est ce qui a nourri mon intérêt pour ce projet », raconte-t-elle.

Après avoir rencontré Monica Bellucci, Mel Gibson lui a donc confié le rôle de Marie-Madeleine. « Je voulais jouer ce rôle, parce qu’à mes yeux, cette femme est tellement humaine. Quand Jésus la sauve, c’est comme s’il lui faisait prendre conscience de sa propre valeur comme être humain, et pour la première fois, elle voit un homme qui pose un regard différent sur elle. À mes yeux, il s’agit d’une femme qui apprend à se connaître et qui devient une personne encore meilleure que ce qu’elle aurait cru être », dit-elle.

Apprendre l’araméen s’est avéré une tâche facile pour Monica Bellucci. « Peut-être est-ce parce que je suis italienne, mais j’avais l’impression de très bien connaître cette très belle langue, explique-t-elle. Toutefois, même si nous avons passé de nombreuses heures à apprendre l’araméen, quand je pense au film, je pense à un film muet, tellement nous avons été plus loin que les mots dans nos performances ».
Pendant le tournage, Monica Bellucci s’est dite impressionnée, non seulement par la foi des acteurs, mais aussi par tout l’éventail de cultures et de croyances qu’elle y a croisées : « Ce que j’ai aimé, c’est que, même s’il s’agissait d’un film sur la vie et la mort de Jésus, il y avait des gens de tous les milieux, de toutes les religions et de toutes les origines qui travaillaient de concert à la création de cette oeuvre. Cette expérience a été formidable, non seulement pour l’actrice, mais pour l’être humain que je suis ».

Elle a également découvert qu’elle appréciait véritablement la manière de diriger de Mel Gibson. « Il est un réalisateur très instinctif » raconte-t-elle. « Il parle peu, mais c’est comme s’il pouvait communiquer davantage avec son corps et sa gestuelle. En plus d’être très intelligent, il est capable de ressentir les choses très rapidement et de façon très intense. Et pour moi, c’est une qualité très importante chez un réalisateur ».

Un autre rôle symbolique est celui de Satan, interprété par l’actrice italienne Rosalinda Celantano, qui incarne le diable sous les traits d’un être androgyne qui peut se transformer à volonté et changer l’apparence des choses, semant la peur et le doute sur son passage. Pour donner un regard plus hypnotisant à la comédienne, on a rasé ses sourcils, et on l’a filmée au ralenti pour rendre le côté irréel de son personnage. Plus tard, sa voix a été doublée par celle d’un acteur, afin d’accroître l’ambiguïté qui règne autour de Satan. Comme l’explique Mel Gibson : « Le mal est séduisant. Il prend l’apparence de la bonté et de la normalité, mais pas entièrement. C’est ce que j’ai tenté de faire avec le diable dans mon film – c’est l’essence du mal : prendre quelque chose de bien et le transformer quelque peu ».
_
En dépit du caractère grave et intense du sujet du film, qui a suscité de nombreuses discussions tout aussi intenses, voire déterminantes, parmi les membres de l’équipe de tournage et les acteurs, il régnait une certaine légèreté sur le plateau. « Mel dédramatisait la situation chaque fois que nous vivions des moments difficiles, raconte Jim Caviezel. Il savait qu’avec le rythme effréné du tournage et les conditions climatiques ardues… et tout simplement les difficultés que présentait ce projet, nous devions trouver un moyen de nous détendre. Nous avions la chance d’avoir un réalisateur qui est un grand farceur ».

JÉRUSALEM AU 1er SIÈCLE DANS LA ROME DU 21e SIÈCLE : LA DIRECTION ARTISTIQUE

Une fois la distribution du film choisie, l’équipe de production a parcouru la planète pour trouver des lieux de tournage qui permettraient de reproduire l’aspect et l’ambiance de Jérusalem pendant l’antiquité, et l’aridité des abords du désert de Judée à l’époque du Christ. Du Maroc à la Tunisie, en passant par le Nouveau-Mexique et l’Espagne, on a trouvé plusieurs lieux qui convenaient à la mise en scène du film. Toutefois, toute la logistique que supposait un tournage à divers endroits n’était pas sans poser de nombreux problèmes. Gibson a fini par arrêter son choix sur Rome, qui offrait deux très grands avantages : 1) les légendaires studios de Cinecitta sont reconnus pour leurs décorateurs de plateau, parmi les meilleurs au monde; et 2) la ville de Matera, vieille de 2 000 ans, est située à proximité des studios, dans la région de Basilicata. C’est une pure merveille, avec ses paysages dans le roc et ses vieilles pierres, qui rappelle Jérusalem. C’est également la ville qu’avait choisie Pasolini comme lieu de tournage principal pour son Il Vangelo Secondo Matteo (L’Évangile selon Saint Matthieu).

Les collaborateurs de Mel Gibson chargés des décors étaient le directeur artistique italien Francesco Frigeri (Malèna) et le concepteur des décors Carlo Gervasi, qui avaient pour tâche de créer les imposants décors, chargés d’histoire, du Temple, du prétoire et du palais de Ponce Pilate. Jérusalem à l’époque de la mort de Jésus était une ville de splendeurs, établie entre des collines et truffée de marchés colorés, de citadelles, de viaducs et de monuments. Rien n’est resté de cette époque (en 70 après J.-C., les Romains ont détruit l’ensemble de la ville; le Mur occidental de l’actuelle Jérusalem est la seule chose qui reste du Grand Temple hérodien). En seulement 10 semaines, Frigeri a conçu les décors de la ville de A à Z, dans un périmètre de 2 acres des studios de Cinecitta, avec les collines et les paysages de pierre de Matera, utilisés par la suite comme toile de fond.

Frigeri a créé, après de nombreuses recherches, un modèle réduit de Jérusalem qui est fidèle au mélange d’influences romaine et hérodienne qui composaient la ville à cette époque – on pouvait y voir de hautes colonnes blanches, de longs escaliers de pierre et des arcades de style romain, ainsi que des maisons en pierre de calcaire, des marchés publics et des rues étroites en terre battue. Grâce à leurs plateaux et installations immenses, les studios de Cinecitta sont l’un des seuls endroits au monde où il est possible de recréer une ville entière. D’ailleurs, Martin Scorsese y terminait le tournage de Gangs of New York avec pour toile de fond le New York du 19e siècle, juste avant que Mel Gibson ne donne son premier tour de manivelle. Pendant ce temps, à Matera, l’équipe de production s’affairait à recréer les remparts de Jérusalem pour le tournage des scènes de l’enfance de Jésus et de sa crucifixion au mont Golgotha.

Un élément essentiel de l’esthétique de La Passion du Christ est sans contredit le travail du réputé directeur photo Caleb Deschanel, qui a déjà été nominé quatre fois aux Oscars®. Deschanel, qui avait déjà collaboré avec Mel Gibson pour The Patriot (Le Patriote), a passé de longues heures à discuter avec le réalisateur de sa vision du film, s’inspirant des toiles du peintre italien Michelangelo Merisi dit « Le Caravage » (Caravaggio), le peintre de la renaissance dont l’œuvre a marqué un nouveau courant dans la peinture de cette époque.

L’approche innovatrice du Caravage, avec ses jeux de lumière, son réalisme étonnant et son illustration de l’obscurité et de l’illumination spirituelle, a révolutionné la peinture religieuse du 17e siècle, se détachant de l’idéalisation de l’expérience religieuse. Tout comme lui, Mel Gibson avait l’intention de briser le moule des comptes rendus aseptisés de la Passion. Il a tout de suite établi un parallèle entre le style du Caravage et le traitement de son film. « Je trouve que ses tableaux sont d’une grande beauté, violente, sombre et spirituelle, tout en ayant un côté irréel et étrange », de dire Gibson au sujet de l’œuvre du peintre.


Deschanel a décidé de relever le défi – tournant près de la moitié des scènes du film pendant la nuit, ou à l’intérieur avec des dispositifs spéciaux pour donner l’impression de la lumière qui essaie de se frayer un chemin à travers l’obscurité.
Selon le producteur Steve McEveety, « Caleb fait les choses en grand – tout comme Mel – et l’échelle et la qualité exceptionnelle de son travail donnent exactement le résultat que nous voulions ». Le produit fini était tellement concluant qu’on raconte que Mel Gibson s’est exclamé, au moment de voir les premiers rushes : « Caleb a créé un véritable tableau animé de Caravaggio! »

Le concepteur des costumes, Maurizio Millenotti – qui a travaillé avec les plus grands cinéastes, tel Fellini, Zeffirelli et Tornatore –, a lui aussi puisé son inspiration dans l’œuvre du Caravage, utilisant des tons riches et contrastés de beige, brun et noir. Il a également fait des recherches poussées sur les vêtements qu’on portait à Jérusalem au premier siècle, selon les diverses cultures qui s’y côtoyaient, habillant la foule de tuniques, de capes et de sandales fabriquées en fibres naturelles, et faisant porter aux soldats romains les plastrons et casques moulés typiques de leur époque.

Complétant le détail des textures des costumes de Millenotti, les créateurs des effets spéciaux de maquillage Keith VanderLaan et Greg Cannom (qui a été six fois nominé aux Oscars®, et qui a en a gagné deux) faisaient équipe sur le tournage. VanderLaan et Cannom ont récemment travaillé ensemble à deux projets : A Beautiful Mind (Un homme d’exception) et Pirates of the Caribbean (Pirates des Caraïbes). Mel Gibson a choisi d’emmener avec lui en Italie ce duo d’experts, parce qu’il savait qu’il devait avoir recours aux meilleurs spécialistes du maquillage au monde pour rendre avec le plus de réalisme possible les scènes de son film.

Jim Caviezel a dû se plier à des séances de maquillage laborieuses qui duraient de 4 à 8 heures par jour, pour qu’on puisse transformer son apparence à l’aide de perruques et de prothèses de haute technologie. Pour les scènes de tortures et de crucifixion, ces séances sont devenues de plus en plus intenses, à mesure que le visage et les membres de Caviezel se couvraient de plaies et de cicatrices. D’ailleurs, Keith VanderLaan a fait ses propres recherches sur l’anatomie de la crucifixion. Les scientifiques d’aujourd’hui estiment que cette pratique devait entraîner des hémorragies importantes et la détresse respiratoire, en plus de toutes les souffrances que l’on suppose.

Les concepteurs d’effets spéciaux de maquillage ont mis au point des techniques pour simuler l’enfoncement des clous dans les mains de Jésus par les soldats, et la peau de son dos qui était arrachée à mesure qu’ils le fouettaient. Pour créer des cicatrices à l’aspect authentique, l’équipe devait peindre chaque jour des tatouages sur le dos de James Caviezel, jusqu’à ce qu’il soit couvert d’écorchures et de coupures. Enfin, VanderLaan a créé un mannequin articulé en caoutchouc, à l’image de Caviezel, qui pouvait prendre la place de l’acteur sur la croix pour certaines prises de vue d’ensemble, lui allouant ainsi une période de repos bien mérité.

Comme le résume Steve McEveety : « Au bout du compte, ce film a pris une ampleur que nous n’avions pas soupçonnée, et c’est sans doute en raison de l’enthousiasme de toutes les personnes qui y ont travaillé. Chaque personne qui a pris part à ce projet s’y est donnée corps et âme. C’est une véritable oeuvre collective». Pour Mel Gibson, ce film est une réalisation de groupe, et il espère que quiconque le verra vivra une expérience personnelle, quelles que soient ses origines et ses croyances. « L’un des plus grands espoirs que je fonde sur ce film, c’est qu’après l’avoir vu, le public aura envie de s’interroger davantage », souligne-t-il.