Et si ce n'était pas un rêve
Il était une fois deux frères, Will le cynique et Jacob
le rêveur. Ils parcouraient le pays en consignant tous les contes
de fées et les légendes, des histoires où se mêlaient
aventure, danger, mystère et sortilèges, où le merveilleux
côtoyait le terrifiant, où des héros magnifiques,
des monstres hideux, surgissaient de partout pour raconter bien plus que
la vie... Les frères Grimm nous ont offert certains des contes
les plus fantastiques et les plus célèbres du monde, à
la fois doux rêves et redoutables cauchemars.
Bien sûr, les contes des frères Grimm ne sont que pure imagination,
simples mais remarquables histoires destinées à divertir.
Pourtant, certains sobstinent à croire quil y a des
aventures qui ne simaginent pas, que personne nest assez fort
pour les concevoir, à moins dy avoir participé...
Bien sûr, ceux-là ont tort. Toutes ces choses ne peuvent
exister. A moins que...
Imaginons un instant que ces deux conteurs de génie naient
pas imaginé leurs fascinantes histoires, mais quils les aient
vécues...
Terry Gilliam, le cinéaste visionnaire à qui lon doit
BRAZIL, LARMEE DES DOUZE SINGES et FISHER KING, crée ici
lhistoire imaginaire des deux frères, confrontés à
une malédiction où les histoires les plus fantastiques sont
devenues réalité. Mélangeant comédie, fantastique,
horreur, humour et romance dans une quête épique, le réalisateur
sest inspiré des plus célèbres contes du monde
pour nous en offrir un à sa façon.
Terry Gilliam confie : «Les contes de fées sont exactement
le genre dunivers que jaime, une rencontre avec limaginaire
et lextraordinaire. Cest pour cela que jai voulu faire
LES FRERES GRIMM. Nous avons fini par obtenir un scénario auquel
je croyais vraiment. Lidée était de donner vie à
ces événements étranges et fabuleux venus des contes
de fées, de les inscrire dans une réalité, quitte
à prendre le pas sur elle...»
Au-delà de l'histoire se cache un monde
Dès le départ, Terry Gilliam a choisi de dépasser
les éléments connus de la vie des frères Grimm et
de saffranchir des faits pour créer une aventure inspirée
par leurs histoires, remarquablement intelligentes, effrayantes et toujours
passionnantes. Il explique : «Nous devons beaucoup aux vrais frères
Grimm pour ce film, mais nous ne parlons pas de leur vie telle quelle
a été dans la réalité. Nous avons plutôt
créé un conte de fées autour deux. Ils en deviennent
les personnages... Ils apparaissent dabord comme des hommes héroïques
qui voyagent de village en village pour débarrasser les habitants
des trolls, lutins, sorcières et de tous les genres de cauchemars
fantastiques... Nous découvrons rapidement quils ont en fait
monté une arnaque ! Tout est une mise en scène. Larmée
de Napoléon, qui a envahi lAllemagne à cette époque,
essaie de prendre au piège les frères et déliminer
les gens de leur espèce. Mais ils se retrouvent dans un monde semblable
aux histoires quils ont recueillies au fil de leurs pérégrinations.
En fin de compte, les contes de fées sont devenus réels,
et la réalité et limaginaire sont indissociables.».
En hommage à la richesse et au côté macabre de lhéritage
des Grimm, Terry Gilliam mélange laction et des éléments
empruntés à leurs contes les plus populaires. Il explique
: «Le Petit Chaperon rouge, Hansel et Gretel, Rapunzel... il y a
tout au long du film de multiples références aux contes
que le public connaît le mieux. Les Grimm en ont écrit en
fait plus de deux cents, mais nous avons voulu rendre hommage à
ceux qui parlent le plus à limagination des gens.»
Par-dessus tout, cest lesprit de ces histoires que le film
salue, ce mélange de magie et de malheur, de merveilles et de vengeance,
denchantements et de maléfices, de plaisir et de frayeur
à vous glacer les sangs. Terry Gilliam observe : «De tous
temps, les contes de fées ont témoigné de nos craintes
et de notre imaginaire le plus sombre, et ils nourrissent aussi notre
besoin de croire en une fin heureuse. Ils ont toujours eu pour objectif
dêtre un peu dangereux et perturbants, pour faire bouger les
choses. Peut-être lidée générale est-elle
que si on survit à suffisamment de contes de fées, on est
prêt à affronter le monde réel...»
Les vrais frères Grimm étaient convaincus du pouvoir indéniable
et de la valeur de divertissement de ces contes. Ils vivaient à
une époque tumultueuse, celle de lAllemagne du XIXe siècle,
un temps où les superstitions et les mythes se heurtaient au rationalisme
et aux idées modernes. Des changements radicaux se produisaient
dans une campagne auparavant éloignée de tout et primitive,
envahie désormais par les armées de Napoléon qui
amenaient avec elles les convictions basées sur la raison du Siècle
des Lumières. Lorsque ces convictions atteignirent un mode de vie
basé sur les mythes et les légendes anciennes, le choc fut
terrible. Cest ce conflit que Terry Gilliam a voulu retranscrire
à lécran, alors que les frères Grimm se rendent
au village de Marbaden, croyant plus aux canulars quaux chevaux
capables davaler des enfants...
Le réalisateur souligne : «Ce qui mintéressait,
cétait le conflit entre les croyances fantastiques et les
idées des Lumières - une époque particulièrement
rigide parce quelle ne croyait plus en rien de mystérieux
ni de merveilleux. Nous avons intégré cette dimension à
lhistoire. Et le conflit existe encore aujourdhui...»
Frère et Associés face à l'impossible
Au cur de lhistoire se trouve également le lien entre
les deux frères, un lien fraternel qui tantôt rapproche Will
et Jacob, tantôt les éloigne lun de lautre. Les
deux frères sont radicalement opposés dans leur personnalité
et leur approche de la vie. Lorsquils arrivent au village maudit
de Marbaden, leur attirance pour la même femme, la belle Angelika,
complique encore leurs rapports.
Terry Gilliam observe : «Voici deux frères qui saiment
vraiment, ce qui ne les empêche pas de se mépriser lun
lautre sur certains points. Ils ont une relation fraternelle intense,
profonde et complexe. Des deux, Will est le charmeur, le beau parleur,
il entre dans une pièce, les femmes le regardent et il peut avoir
ce quil veut. Jake, lui, est plongé dans son monde, les contes
de fées, les princesses, et sa quête de lamour ultime.
Et Lena Headey, qui incarne Angelika la chasseuse, est parfaite pour les
deux frères.»
Avec LES FRERES GRIMM, Terry Gilliam pouvait plonger dans les profondeurs
les plus obscures de sa propre imagination pour donner vie à un
univers de ténèbres où lhumour est présent,
où se côtoient forêts menaçantes, châteaux
mystérieux, loups rôdant dans lobscurité et
insectes grouillants... Il souhaitait donner vie à tout cela avec
loriginalité cinématographique et linventivité
qui le caractérisent. Le concept global était de créer
un XIXe siècle réaliste, dans lequel évoluent les
Grimm, puis de tordre cette réalité pour la transformer
en un monde onirique surréaliste dont ils semblent ne pas pouvoir
séchapper.
Terry Gilliam explique : «Dès le départ, nous avons
réalisé que pour que le film ressemble vraiment à
un conte de fées, il était impossible de tourner dans une
vraie forêt ou dans un vrai village... Rien de lunivers visuel
que nous imaginions nexistait. Il allait falloir tout construire
en totalité. Nous avons donc pris pour postulat de tout créer,
de construire des châteaux et des granges, de fabriquer toute une
forêt dans un studio, de dresser des corbeaux et des chevaux, de
construire des centaines de maquettes... Cest de loin la production
la plus pharaonique que jaie jamais entreprise !»
Lhistoire des FRERES GRIMM commence avec les deux personnages principaux,
les deux frères. Will est passé expert dans lart de
lescroquerie, il est décidé à tout faire pour
sen sortir en ces temps difficiles où lAllemagne est
occupée par les armées napoléoniennes. Jacob, lui,
est un rêveur qui croit fermement à la magie, aux fables
et aux histoires qui finissent bien. Tous deux vont voir leurs convictions
les plus profondes ébranlées par lhistoire quils
vont vivre dans le village maudit de Marbaden.
Pour interpréter ces rôles, Terry Gilliam a voulu deux acteurs
capables de le surprendre. «Matt Damon et Heath Ledger sont évidemment
les piliers sur lesquels repose lhistoire, note-t-il, mais je pensais
au départ que Matt jouerait Jacob, parce quil a un caractère
plus introspectif et plus sensible, et que Heath jouerait Will, parce
que cest lui en général qui joue les héros
qui foncent dans le tas. Mais à notre première rencontre,
Matt a dit quil voulait jouer Will. Je nétais pas très
sûr, mais ensuite Heath est venu me voir pour me dire quil
aimerait jouer Jacob... Cest là que jai réalisé
que cétait la meilleure chose à faire, parce que jaime
confier aux acteurs des rôles dans lesquels on nest pas habitué
à les voir, tout retourner sens dessus-dessous. Et ça marche
à la perfection, parce quils sont surprenants dans leurs
personnages chacun à sa manière, et que lon na
jamais vu ni lun ni lautre dans de tels rôles.»
Le réalisateur poursuit : «Je nai jamais vu personne
travailler aussi dur que Matt pour devenir ce personnage, tellement à
lopposé de ce quil est humainement et si différent
de ceux quil incarne dhabitude. Son allure même est
complètement différente et jespère que le public
y réagira avec le même enthousiasme que moi !
«On a lhabitude de voir Heath comme un héros plus conventionnel,
mais il révèle ici un côté plus nerveux, tout
en étant par moments dun grand calme - un mélange
très intrigant. Comme Matt, il a travaillé jusquà
cerner le personnage à la perfection. Tous les deux ont été
très impressionnants.»
Matt Damon a sauté sur loccasion de travailler avec Terry
Gilliam. Il explique : «Je crois que tout acteur, quel quil
soit, a envie de jouer avec Terry ! Il est si créatif visuellement,
et si passionné dans tout ce quil fait... Et puis un film
tel que celui-ci est une véritable chance, il est rare de se voir
proposer un tel projet. Cest une histoire sombre et drôle
à la fois, qui ne ressemble à rien de ce que jai pu
faire par le passé. Cest un conte de fées, bien sûr,
mais on pense aussi à une quête spirituelle, un film daction
et daventure, un film dhorreur, une comédie, et même
à un film damour !»
Le personnage imaginaire de Will Grimm, un escroc rusé et cynique
qui nest absolument pas préparé à un monde
où les contes de fées sont la réalité, a immédiatement
intrigué Matt Damon.
«Will est dans le business du conte pour la gloire et
le côté financier, observe lacteur. Il refuse catégoriquement
de croire que les forêts peuvent réellement être enchantées.
Il persiste à penser quil y a une sorte descroquerie
quelque part, que tout ce qui arrive est truqué il est lui-même
expert dans ce domaine. Ce sera son frère qui lamènera
à réaliser quil y a dans le monde des choses qui ne
peuvent pas être expliquées, qui sont purement et simplement
magiques.»
Matt Damon a aussi été séduit par lévolution
des relations entre les deux frères lorsquils sont confrontés
aux événements mystérieux du village de Marbaden.
«Jai moi-même un frère, et jai été
frappé par la manière dont le scénario offrait un
traitement honnête dune relation entre deux frères,
un flux en perpétuelle évolution. Cest vraiment comme
cela entre deux frères...»
Pour sceller ce lien, Matt Damon et Heath Ledger ont passé de nombreuses
heures ensemble sur le plateau. Damon commente : «Nous avons passé
beaucoup de temps à parler et à boire des bières
après la journée de travail, parce que cest le genre
de chose qui crée un authentique sentiment fraternel.»
Matt Damon a lu de nombreux ouvrages sur la vie et lépoque
des vrais frères Grimm pour se préparer au film, mais il
a très vite réalisé que son personnage était
éloigné du Wilhelm historique. «Les vrais frères
Grimm étaient dexceptionnels érudits allemands, et
aussi de vrais patriotes qui recueillaient ces histoires afin que le peuple
allemand puisse être fier de son folklore et refuser limage
de barbarie quon leur en donnait. Ils étaient formidables
et ont eu beaucoup dinfluence. Ils ont travaillé ensemble
jusquà la fin de leur vie. Mais évidemment, leur autobiographie
est bien différente de cette aventure. Ce film samuse beaucoup
plus et choisit un angle bien plus léger pour les décrire,
afin de plonger dans lessence des contes de fées qui les
ont rendus célèbres.»
Tout comme Matt Damon, Heath Ledger a été instantanément
séduit par la perspective de travailler avec Terry Gilliam. «Jai
toujours pensé que cétait un esprit brillant, explique
lacteur. Il a élevé ce projet à un niveau supérieur
et nous a inspirés. Il a insufflé une excentricité,
une audace à tous ceux qui ont travaillé sur le film. Nous
nous sommes sentis différents, et cétait très
agréable !»
La personnalité de Jacob Grimm était aussi quelque chose
de nouveau pour Heath Ledger. Ce conteur nerveux et angoissé découvre
que les univers enchantés auxquels il a toujours cru en secret
existent bel et bien... «Ce rôle était vraiment une
opportunité de sortir de moi-même, confie Heath Ledger. Cest
un rôle réjouissant et Terry a su me mettre à laise.
Je me suis amusé comme jamais.»
Heath Ledger a aussi beaucoup apprécié la relation quil
a nouée avec Matt Damon. «La manière dont on devient
frère avec quelquun est un processus vraiment personnel...
Nous avons essayé plusieurs manières de nous synchroniser
- comment sourire ensemble, comment rire ensemble... Nous nous sommes
observés lun lautre, nous avons étudié
nos singularités, nos gestes. Mais lidée a toujours
été davoir quelques similitudes et beaucoup de contrastes
! Il en est souvent ainsi des frères...»
Ce sont les interprétations de Matt Damon et Heath Ledger qui ont
donné le ton du film. Jonathan Pryce résume : «Nous
avons tous été impressionnés par Matt et Heath. Ils
se sont vraiment donnés à leurs rôles, ils ont parfaitement
fonctionné ensemble. Ils ont apporté une immense énergie
à cet univers déjà hors du commun et ont inspiré
tout le monde.»
Depasses, Fascines, Terrifies, Enchantes :
Au cours de leur aventure, Will et Jacob Grimm vont rencontrer toutes
sortes de personnages. Hommes politiques aussi ridicules que dangereux,
séduisante chasseuse, sorcières effrayantes...
Jonathan Pryce retrouve Terry Gilliam après ses mémorables
rôles dans BRAZIL et LES AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN. Il est
ici le général Delatombe, le gouverneur français
qui règne sur la région allemande où les frères
Grimm ont jusquici mené avec succès leur carrière
de chasseurs de mauvais esprits frauduleux...
Après avoir lu le scénario, Jonathan Pryce était
convaincu que cette histoire avait mis le doigt sur ce qui est effrayant,
amusant et marquant dans les contes de fées. Un territoire parfait,
selon lui, pour Terry Gilliam... Il observe :
«Je crois que tous ceux qui ont pu lire ce scénario ont eu
la même opinion : cétait un film idéal pour
Terry, parce que naturel pour lui. Cest un film ambitieux avec beaucoup
dinventivité, et il comporte tous les sujets qui ont toujours
passionné Terry : la magie, le surnaturel et la notion même
dhistoire et de conte de fées. Le film offrait dinnombrables
possibilités pour les images que Terry peut créer, mais
il était aussi assez différent pour lui parce que cest
laventure la plus purement fantastique quil ait jamais faite.»
A son incarnation du puissant, cruel et ignoble Delatombe, Jonathan Pryce
a apporté sa patte habituelle, sa théâtralité.
«Je crois que ce quaime Terry en faisant appel à des
acteurs comme Peter Stormare et moi, qui venons du théâtre,
cest que nous navons pas peur den faire beaucoup ! Nous
avons confiance en Terry, nous savons quil nous ramènera
vers lui si nous passons les bornes. Mais ses deux instructions principales
sur ce film ont toujours été plus drôle et plus
sombre !.»
Jonathan Pryce explique : «Mon personnage est un homme guindé
qui a quatre intérêts dans la vie : réprimer le peuple,
supprimer les gens, trouver un bon repas... et faire la chasse à
ces empoisonnants frères Grimm. Cest ce qui va tous les plonger
dans la plus incroyable et la plus inattendue des aventures !»
Delatombe est secondé par un homme de main haut en couleur, aussi
hilarant quodieux : Cavaldi. Lacteur suédois Peter
Stormare, qui incarne avec jubilation cet Italien venu de Parme, a entamé
sa carrière au théâtre sous la direction dIngmar
Bergman et a joué dans certains des plus grands succès hollywoodiens
de ces dernières années.
Peter Stormare a grandi bercé par les contes de Grimm... Il savait
que Terry Gilliam était lhomme qui pouvait leur donner vie
comme jamais on ne lavait fait. Il remarque : «Les vrais contes
des frères Grimm possèdent une noirceur que les enfants
adorent et redoutent à la fois, et que personne na jamais
vraiment rendue à lécran. Terry a cet humour à
la Monty Python, insolite et fantastique, sobre, aigu et malin qui, ajouté
aux contes de Grimm, donne un mélange savoureux... Je savais que
ce serait fascinant de prendre part à la création de ce
monde. Et le rôle de Cavaldi est vraiment un pur délice !»
Lacteur poursuit : «Jai particulièrement aimé
que lhistoire parle de gens qui se retrouvent piégés
dans les histoires quils racontent, par leurs propres mythes et
légendes.» Cavaldi lui-même se retrouvera pris dans
les contes enchantés des frères Grimm, malgré sa
mission... Il doit en effet leur faire avouer la vérité,
grâce à ses instruments aussi maléfiques quoriginaux,
une machinerie élaborée avec un certain raffinement dans
le sinistre. Peter Stormare a développé une véritable
affection pour ce personnage inhabituel qui a construit une chambre des
tortures inventive mais assez peu efficace... Sil est un des personnages
les plus louches du film, il lui apporte aussi un humour noir réjouissant.
Il explique : «Cavaldi est un personnage formidable parce quil
a tout dun être vivant. Il nest pas uniquement mauvais
et il nest évidemment pas uniquement gentil non plus ! Il
peut être drôle, émouvant, il peut aussi être
mystérieux ou brutal. Terry dit de lui quil est comme le
démon qui tourmente et inspire les frères Grimm tout au
long de leur quête.»
Le rôle a offert aussi à Stormare la chance de travailler
avec Matt Damon et Heath Ledger, ce quil décrit comme «un
plaisir unique». «Jai travaillé avec beaucoup
de grands acteurs, explique-t-il, mais je nen ai jamais rencontré
qui donne autant deux-mêmes que Matt et Heath.»
Matt Damon commente : «Cavaldi est un personnage hilarant. Il est
supposé être un redoutable spécialiste de linterrogatoire
venu dItalie, mais il a en lui beaucoup de peurs. Cest quelquun
dà la fois amusant et dangereux, et Peter joue sur cet équilibre
avec brio.»
Terry Gilliam ajoute : «Cavaldi est un méchant, mais dans
la veine du méchant humoristique, et il se révélera
finalement héroïque. La clé était de ne pas
le représenter comme trop ridicule parce quil naurait
plus été menaçant, et de ne pas le jouer terrifiant
parce quil naurait alors plus été drôle.
Acteur brillant, Peter a aimé ce défi. Il est expansif,
théâtral et outré. Et voir jouer Peter et Jonathan
Pryce ensemble, cest quelque chose !»
Cest lactrice britannique Lena Headey qui incarne Angelika,
jeune femme fière, farouche et indépendante au charme de
laquelle aucun des deux frères ne peut résister. Terry Gilliam
a lui aussi été séduit par ce personnage, une jeune
femme belle et solitaire en avance sur son temps. «Elle est en quelque
sorte la première femme libérée de son village, explique-t-il.
Aucune femme na jamais quitté le village avant elle ! Elle
est prise entre deux mondes, celui de la raison et du rationalisme et
celui des malédictions qui la touchent de près...»
Le réalisateur poursuit : «Lactrice qui allait jouer
Angelika devait être non seulement très belle, mais aussi
libre et indépendante. Lena lui apporte tout cela, avec une forte
présence. Cest aussi un rôle physique parce quelle
monte à cheval, elle tire à larc... Elle doit également
avoir cette aura étrange et mystérieuse dune femme
qui refuse de se plier aux règles, à celles des frères
Grimm en particulier.»
Lena Headey a particulièrement aimé être cette femme
capable den remontrer aux hommes - du moins aux frères Grimm.
Elle explique : «Cest une fille de la campagne, elle pense
que Will et Jacob sont deux idiots venus de la grande ville qui croient
quils peuvent débarquer avec leurs manières, leur
éducation, et nettoyer tout le surnaturel du coin... Mais la situation
va leur échapper...»
Angelika creuse involontairement un fossé entre les frères,
qui tombent tous les deux amoureux delle. «Je crois que Will
et Jacob sont curieux à son propos et quelle-même lest
envers eux. Elle éveille quelque chose en chacun deux, et
ensuite Will et Jacob commencent à voir quelque chose de différent
lun chez lautre, et cela engendre pas mal de problèmes...»
Lena Headey a été ravie de former un triangle romantique
avec Matt Damon et Heath Ledger. «Ils ont tous les deux un charme
fou, ça a été très agréable !»
confie-t-elle en riant.
«Jai particulièrement aimé pouvoir franchir
les limites de la réalité. Cest formidable de pouvoir
simmerger dans le monde que lon tenait pour réel quand
on était enfant... Jai lu les contes de Grimm quand jétais
petite, cest fantastique de pouvoir maintenant en faire partie !
Et à la manière dont Terry Gilliam et son équipe
lont créé, cest comme si on voyait un rêve,
mais en plus clair, plus drôle... et plus étrange et effrayant.»
Cest Monica Bellucci qui joue le rôle le plus fantastique
de tous, celui de la Reine du miroir... Cette reine immortelle vieille
de 500 ans ne reculera devant rien pour obtenir la beauté éternelle
à laquelle elle aspire depuis si longtemps et qui lui a toujours
échappé.
Monica Bellucci confie : «Je nai pas pu résister au
rôle quon me proposait ! Jadmire énormément
Terry Gilliam, jai adoré tous ses films. Celui-ci bénéficie
en plus dun casting extraordinaire, avec deux acteurs aussi forts
que drôles, Matt et Heath. Et puis lhistoire se déroule
dans un monde fantastique peuplé de monstres, de sorcières
et de reines maléfiques...»
Lactrice poursuit : «Il ma semblé important dapporter
beaucoup de nuances à cette méchante reine. Je ne voulais
pas la faire paraître simplement méchante, mais plutôt
comme quelquun dont le destin a été finalement assez
amer...
Elle vit éternellement, mais petit à petit, elle devient
de plus en plus vieille et décrépite, et cela a quelque
chose de tragique. Cest ce qui ma vraiment intéressée.
«Malgré sa nature magique, cest un personnage qui a
beaucoup de réalisme. Je crois que nombreuses seraient les femmes
capables de se soumettre à un enchantement si elles pouvaient en
obtenir la beauté et la jeunesse éternelles... Cest
lune des forces des contes de Grimm : à travers un imaginaire
merveilleux se dessine toujours une vérité.»
Un univers aux confins de l'imagination
Pour créer un style visuel qui unisse un réalisme impressionnant
et un aspect fantastique et effrayant, Terry Gilliam a décidé
de tourner à Prague et dans la campagne de la République
tchèque, qui par bien des aspects, na pas changé depuis
lépoque médiévale. Mais même là,
il na pas pu trouver la bourgade dont il rêvait pour représenter
le village enchanté de Marbaden. Gilliam voulait tout un univers
dimagerie des miroirs, des labyrinthes, des apparitions de
bêtes extraordinaires, et des effets de clair-obscur... Il fallait
que Marbaden soit un endroit résolument différent du reste
du monde.
Cest à Guy Dyas, chef décorateur de X-MEN 2, quil
a demandé de construire entièrement le village de 25 maisons.
Gilliam et Dyas ont développé une esthétique visuelle
inspirée de limagerie fantastique noyée dombres
de lexpressionnisme du XIXe siècle et des gravures à
lencre en noir et blanc, somptueusement détaillées,
illustrant les livres de contes. Gilliam a aussi voulu tirer pleinement
parti des bizarreries de la nature. «Il suffit de regarder le monde
réel pour y voir des choses étranges, observe-t-il. Certains
arbres sont bizarres, voire terrifiants. On na pas besoin de tout
inventer, parfois il suffit de regarder ce qui existe dans la nature.
Le style visuel de ce film a été une recherche déquilibre
entre lartistique et le naturel.»
La tâche qui attendait Dyas était colossale. Il a fallu construire
toute une ville allemande du XIXe siècle, avec son église,
sa boulangerie, ses ponts, ses écuries et ses ruelles, et une forêt
enchantée avec rochers, ruisseau et arbres menaçants, le
tout dans des studios de cinéma. «Nous navions pas
le choix, fait-il remarquer. Nous naurions jamais pu trouver un
village comme celui que nous avons créé. Et puis construire
lensemble, tout fabriquer en partant de zéro nous permettait
daller aussi loin que nous le voulions.»
Pour Dyas, travailler avec Terry Gilliam a été le point
culminant dun rêve.
«Je me souviendrai toujours de limpact qua eu sur moi
BRAZIL lorsque je lai vu pour la première fois. Cétait
un chef-duvre visuel, il ma ouvert les yeux sur les
possibilités de la création de décors. Jai
toujours su que travailler avec Terry serait une expérience incroyable.»
Le chef décorateur a passé plus dun an à développer
ses idées, à travailler sur dinnombrables esquisses
et dessins préliminaires. Il a commencé par se plonger dans
les contes de fées des frères Grimm, les lisant les uns
après les autres. Il a voyagé à travers lâge
dor de lillustration des contes de fées, à lépoque
où les artistes utilisaient la lumière, les ombres et une
imagination vivace pour créer des images inoubliables des univers
fantastiques des Grimm...
Inspiré par ses émotions et les splendides dessins du passé,
Guy Dyas a commencé par dessiner les décors les plus importants
du film. Outre le village de Marbaden, il a dessiné des lieux inhabituels
comme la chambre des tortures de Delatombe, la tour de Charot semblable
à celle de Rapunzel, et le chariot de Cavaldi.
Pour construire les décors, le chef décorateur et le réalisateur
ont parcouru la campagne tchèque à la recherche de vieux
bois pour les maisons du village. La production a aussi fait venir par
remorque 700 arbres pour les replanter dans un studio, créant ainsi
une vraie-fausse forêt impressionnante dans laquelle léquipe
pouvait faire le travail déclairage et de caméra comme
cela naurait jamais été possible dans la réalité.
«Je suis obsédé par les textures, les finitions, les
détails, précise Gilliam, et Guy est brillant dans ce domaine.»
Le village et la forêt ont été construits en plusieurs
semaines de travail intense dans le backlot des studios de Barrandov.
Se tournant vers les méthodes de construction traditionnelles,
Dyas et Gilliam ont fait appel à des maçons, charpentiers,
couvreurs en chaume, et sculpteurs sur bois pour ajouter au sentiment
dauthenticité des décors.
En dehors des studios, la production a tourné dans plusieurs endroits
de la République tchèque, notamment au château de
Krivoklat dans le centre de la Bohème, une tour royale imposante
du XIIe siècle considérée comme lun des plus
anciens et des plus importants châteaux de ce pays sur le plan historique.
Léquipe a aussi tourné dans les villes fortifiées
de Kacina, Kutna Hora et Ledec.
«La République tchèque était vraiment lendroit
parfait pour y tourner ce film, explique Guy Dyas. Ce ne sont pas tant
les lieux eux-mêmes que linspiration constante quils
nous apportaient. Marcher dans Prague sous la neige, admirer son architecture
si particulière nous donnait limpression davoir remonté
le temps, et ce sentiment a nourri notre travail.»
Pour les acteurs, le décor est devenu une source dinspiration.
Matt Damon explique : «Quand vous vous retrouvez dans les décors
de Guy Dyas, vous êtes immédiatement dans un autre monde.
Ils sont très grands, et très impressionnants. Ils vous
transportent ailleurs pour de bon.»
Les costumes font partie intégrante de ce monde surnaturel. Extravagants,
riches de détails, ils ont été créés
par la chef costumière oscarisée Gabriella Pescucci, à
qui lon doit ceux du TEMPS DE LINNOCENCE, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE,
VAN HELSING, et par le chef costumier Carlo Poggioli, auteur de ceux de
VAN HELSING. Le duo de costumiers avait déjà créé
pour Terry Gilliam les costumes cités à lOscar des
AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN. Les costumes quils ont imaginés
pour LES FRERES GRIMM vont des tenues masculines authentiques de lAllemagne
du XIXe siècle aux costumes des paysans, en passant par des créations
de pure fantaisie comme la robe rouge sang de Monica Bellucci. Cest
Newton Thomas Sigel, qui avait déjà éclairé
USUAL SUSPECTS et
LES ROIS DU DESERT, qui sest chargé de la photo envoûtante
du film. Et Dario Marianelli lui a offert une musique inspirée
par le folklore qui lui apporte magie et mystère.
Si Terry Gilliam a voulu créer à lécran un
voyage magique, esthétique et musical, une impression de rêve
et de cauchemar, il souhaitait cependant laisser la plus grande place
à limagination des spectateurs. «Jai toujours
pensé quand je faisais un film que 90 % de ce que lon voit
doit rester dans lombre pour que le public fasse marcher son imagination.
Le travail des acteurs et de léquipe technique est de fournir
des pistes, des suggestions, et de laisser les spectateurs remplir le
reste. Je veux que le public trouve sa voie, son rythme, quil soit
vraiment effrayé et ému. Moins on en montre et plus on suggère,
mieux cest.»
Cette même philosophie a concerné les effets spéciaux
du film. 750 plans en comportent. Kent Houston, superviseur des effets
visuels, explique :
«Le travail de léquipe des effets visuels a été
de donner vie à toutes les idées que lon ne pouvait
pas réaliser physiquement faire marcher les arbres, transformer
les loups en hommes des bois, manipuler les corbeaux, faire avaler un
enfant à un cheval, ou rajeunir Monica Bellucci de 500 à
25 ans, par exemple.»
Lélément le plus difficile à réussir
a été le loup. «Cest un film sur des forêts
enchantées, il devait y avoir un loup !» sexclame Terry
Gilliam.
Kent Houston précise : «Notre loup nest pas vraiment
calqué sur lanimal sauvage que lon connaît tous,
cest une bête très spéciale, avec ses propres
caractéristiques, des détails qui ont demandé beaucoup
dingéniosité.»
Kent Houston a étroitement collaboré avec Terry Gilliam
durant tout le film pour rester au plus près de la vision du réalisateur.
«Notre principal objectif a été de réaliser
aussi pleinement que possible les folles images que Terry avait en tête,
en utilisant toutes les techniques disponibles pour créer un monde
dans lequel le public aura envie de saventurer.»
Les Frères Grimm : repères biographiques
Depuis plus dun siècle et demi, Jacob et Wilhelm Grimm sont
mondialement connus pour leurs contes qui, renforcés dinnombrables
adaptations, sont devenus des références de limaginaire
humain. Traduites en plus de 160 langues - un record absolu - leurs fascinantes
uvres ont enflammé limagination et servi dinspiration
à des générations de lecteurs et de créateurs.
Enchanteurs et terrifiants, imaginatifs et initiatiques, leurs deux cents
contes constituent littéralement les canons du genre.
On leur doit entre autres Cendrillon, Hansel et Gretel, Blanche Neige,
La Belle au Bois Dormant, Le Petit Chaperon rouge, Le Malin Petit Tailleur,
Le Diable et sa Grand-mère, Tom Pouce, LOie dOr, Le
Pauvre et le Riche, Le Petit Ane, Le Petit Poucet et Barbe Bleue, pour
ne citer que les plus célèbres.
Jacob et Wilhelm Grimm naissent tous les deux en Allemagne dans le village
dHanau, situé à 20 km à lest de Francfort.
Jacob vient au monde le 4 janvier 1785 et Wilhelm à peine plus
dun an plus tard, le 24 février 1786. Une enfance assez isolée
les rapproche et cest ensemble quils entament leurs études
à luniversité de Marbourg. Jacob, laîné,
soriente dès le départ vers létude et
lanalyse de la langue allemande, il se passionne pour la littérature
médiévale et la linguistique. Wilhelm, lui, étudie
les contes et récits traditionnels. En 1811, Jacob publie son recueil
sur la Poésie des Maîtres chanteurs. Cest durant cette
période que les deux frères commencent vraiment à
donner corps à leur passion commune, en collectant et consignant
la plupart des contes et légendes populaires dAllemagne.
Leur première ambition est dimmortaliser ceux qui ne se transmettent
souvent que par tradition orale. Ils rencontrent, écoutent, consignent
et accumulent une documentation unique. Entre 1812 et 1829, ils publient
ce qui servira de base à leur uvre, Contes pour les Enfants
et les Parents.
En 1830, les deux frères trouvent un emploi à université
de Göttingen, Jacob comme enseignant et Wilhelm comme bibliothécaire.
En 1835, Jacob publie un imposant traité sur la mythologie allemande.
Ils quitteront luniversité pour désaccord avec son
conseil et rejoindront en 1841 celle de Frédéric Guillaume
IV de Prusse qui les a invités à Berlin. Ils y demeureront
jusquà leur fin.
En 1857, ils publieront une nouvelle édition de leurs Contes pour
les Enfants et les Parents qui, agrémentée de textes nouveaux
et de modifications sensibles, deviendra le célébrissime
recueil des Contes de Grimm.
Même si la renommée de leur uvre fictionnelle est immense,
elle ne doit pas faire oublier que Jacob est aussi lauteur dun
pensum sur la Grammaire Allemande quil publie entre 1819 et 1837.
Cet ouvrage reste une référence dans létude
de la langue et, par ses méthodes détude révolutionnaire,
a contribué également à lanalyse et la compréhension
de nombreuses langues mortes. Il a également publié une
Histoire de la langue allemande en 1848, puis un ouvrage sur les anciens
dialectes germaniques en 1851 et, avec son frère, le premier volume
du monumental Dictionnaire Allemand quils ne pourront malheureusement
pas achever eux-mêmes.
Wilhelm séteint le 16 décembre 1859 à 73 ans
et Jacob quatre ans plus tard, le 20 septembre 1863, à 78 ans.
Quil sagisse de littérature populaire ou universitaire,
les deux frères laissent un héritage exceptionnel.
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