Factotum
Réalisateur : Bent Hamer

Genre : Drame

Date : 23 Novembre 2005

Durée : 1 h 38

Origine : Allemand, Norvégien, Américain

Distribution : ID Distribution

D'après l'oeuvre de : Charles Bukowski

 

Résumé | Note production | Acteurs | Scénario | Producteur | Site Officiel | Récompenses | Lieux | Budget

Acteurs :

Matt Dillon : Henry Chinaski
Lili Taylor : Jan
Marisa Tomei
Matthew Feeney : Harry Berglund
Adrienne Shelly : Jerry
Jimmy Brockhohn : un joueur
Diane Kelson : la femme de la sortie de secours
Chris Carlson : le gérant du magasin d'alcool
Fisher Stevens
Jim Brockhohn : un barman
Joseph Courtemanche : le videur du bar
Christopher Day : le 2ème homme qui place les paris
Geoff Schilz : l'homme qui place les paris
Jim Westcott : un chauffeur de taxi

Directeur Photo : John Christian Rosenlund

Musique : Kristin Asbjørnsen

Décors : Sarah Kruchowski

Chef décoration : Eve Cauley

Costumes : Tere Duncan

Montage : Pal Gengenbach

Maquillage :

Sherry Heart : styliste coiffure
Tara Smith : coiffeur particulier Marisa Tomei
Natalie A. Hale : second artiste maquillage

Son :

Petter Fladeby : mixeur design / enregistrement
Richard Sveen : monteur
Erik S. Watland : bruiteur

Scénario :
Bent Hamer
Jim Stark

Producteur :
Bent Hamer
Jim Stark

Production :

Bubul Film
StarkSales Inc. Production

Producteur executif : Christina Kunewa Walker

Assistant réalisation :

Jason Cooper Hall : second assistant
Atsuko Sato : autre second assistant

Lieux de tournage :

Budget :

Site officiel : France : http://www.iddistribution.com/factotum/factotum.htm

Récompenses :

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 Résumé :

Hank Chinaski (Matt Dillon) travaille comme manoeuvre dans des usines, des entrepôts ou des ateliers pour faire ce qu'il aime vraiment : boire, parier sur les chevaux, passer son temps avec des femmes et, par-dessus tout, écrire des histoires qui ne sont pas publiées. Régulièrement, il se fait renvoyer, puis il trouve un boulot ailleurs.

Avec Jan (Lili Taylor), Chinaski partage une relation franche, plus sexuelle que sentimentale. Il commence à gagner de l'argent aux courses. Elle trouve que cela ne lui réussit guère. Elle s'en va.
Dans un bar, Chinaski fait la rencontre de Laura (Marisa Tomei). Elle lui fait connaître Pierre (Didier Flamand), un Français inquiétant et fantasque, qui vit entouré de jolies filles avec lesquelles il entretient d'étranges relations. Puis Chinaski reprend sa route. Après un détour chez ses parents et une altercation avec son père, il va partir à la recherche de Jan.

Tiré du roman de Charles Bukowski, Factotum est l'histoire d'un homme libre qui vit résolument en marge, un écrivain prêt à prendre tous les risques pour que sa vie devienne sa poésie.

 Note de la production

ENTRETIEN AVEC BENT HAMER


Avez-vous immédiatement eu envie de faire un film en lisant “Factotum” ?

Quand j’ai découvert Bukowski, je n’étais pas encore réalisateur. Je lisais beaucoup de romanciers américains contemporains, je l’ai donc découvert parmi d’autres et je lui ai trouvé un ton particulier. Il avait sa voix à lui. Il ne faisait pas partie des auteurs de la Beat Generation, il était quelqu’un d’à part, de singulier. J’étais impressionné. Je le rapprochais de Walt Whitman ou de Mark Twain, ces écrivains “outsiders” que j’aime tout particulièrement. Comme Jean Genêt, ou en Norvège Tom Kristensen et Knut Hamsun, dont j’ai beaucoup appris. J’aime autant ses romans que ses textes autobiographiques, mais je n’ai pas lu tout Bukowski, je ne suis devenu ni un expert ni un disciple. Simplement, il est resté un de mes auteurs préférés. Bien plus tard, quand je présentais Eggs à Cannes, j’ai rencontré le producteur américain Jim Stark, et nous avons tout de suite sympathisé.
Il m’a proposé de faire un film avec lui, et l’idée de tourner aux États-Unis s’est tout naturellement imposée. C’était l’époque de la sortie de Leaving Las Vegas, et j’avais envie d'aborder ces situations, ces personnages, mais vraiment d’une toute autre manière. J’ai donc pensé à Bukowski. Jim m’a demandé : “Quel livre ?” J’étais un peu pris de court... On a regardé les titres dont les droits étaient pris, certains par Taylor Hackford d’ailleurs, et par chance il y avait une possibilité sur “Factotum”.

Vous avez aussi collaboré avec Stark sur l’adaptation.

J’ai repris le roman, j’ai rapidement déterminé une structure pour le film, et j’ai choisi les passages qui me plaisaient le plus. Mais j’avais besoin de travailler en collaboration, ne serait-ce que pour la langue. Je peux diriger des comédiens en anglais, mais pour écrire ou juger des dialogues, il me faut quelqu’un de confiance. Jim était déjà l’initiateur du projet, c’est donc venu tout naturellement. Le scénario a fait de nombreux aller et retour entre nous. Jim n’avait pas peur de la voix off, car après tout Chinaski est un écrivain, et ses mots à lui sont essentiels. J’ai trouvé l’idée très bonne. De mon côté, je trouvais les personnages et l’atmosphère particulièrement forts dans le livre, mais à l’écran on peut facilement tomber dans le cliché. Je voulais rester fidèle à l’original mais ouvrir le film le plus possible, le rendre humain et accessible, pour n’en exclure personne.

Chinaski pourrait donner le sentiment de vivre dans un monde clos. Comment en faire un personnage de cinéma qui intéresse tout un chacun ?

Les gens peuvent mener une existence radicalement différente, vivre dans des conditions matérielles strictement opposées, leurs cultures peuvent sembler incompatibles, mais au fond ils restent des êtres humains, et il existe plus de liens entre eux qu’ils ne le croient. J’ai toujours pensé ça. C’est mon credo, en somme ! Dans la scène chez les parents de Chinaski, on peut deviner d’où ce personnage vient, ce qui lui a été impossible, ce qui l’a marqué. Bukowski lui-même a beaucoup parlé de son père et de son enfance. Pour moi Chinaski n’est pas du tout un être repoussant, je crois que le public peut tout à fait s’identifier à lui. Et puis Matt Dillon y est pour beaucoup. Pas du tout parce c’est une vedette, au contraire. A l’écran, dans ses roles d’adolescent, il montrait déjà une vulnérabilité que son charisme ne masquait pas, au contraire, et qu’il n’a jamais perdue. Il a aussi un talent pour la comédie, l’humour, le décalage. Et avant tout, une présence devant la caméra qui est évidente, indiscutable.

Comment avez-vous pensé à lui ?

Aujourd’hui je trouve que c’est arrivé bizarrement. Sean Penn devait jouer le rôle, c’était un choix somme toute assez naturel, il était proche de Bukowski et très enthousiaste. Le financement du film a un peu traîné, et avec l’emploi du temps de Sean, ça n’a jamais collé... Fisher Stevens, qui joue Manny et qui est aussi producteur de films, m’a parlé de Matt Dillon : “Pourquoi pas Matt ? Tu devrais en parler à Matt, envoie donc le scénario à Matt.” On n’y croyait pas trop. Et puis Dillon a très vite répondu qu’il aimait beaucoup le projet. Visiblement, il connaissait bien les livres de Bukowski. Au vu du résultat, c’est une coïncidence fantastique. Mais qu’est-ce qui n’est pas coïncidence ?...
A la base, Dillon est plutôt un acteur de studio, un acteur hollywoodien, et moi je ne fais jamais de répétitions, jamais. Je parle beaucoup aux comédiens bien sûr, on passe vraiment du temps à discuter. Mais quand on est prêts, on y va, on tourne. C’est une façon de faire qui convenait a priori plus à Lili Taylor, qui a joué dans de nombreux films indépendants. J’ai souhaité filmer la longue scène où il la quitte, au réveil, dans la chambre, en plan-séquence. Je n’ai pas voulu tourner de plans moyens pour “couvrir” cette scène. Dans ce genre de situation, Matt se sentait exposé et plutôt inquiet. Alors, pour le mettre à l’aise, j'ai insisté pour qu’il comprenne bien que je ne cherchais pas du tout à faire un documentaire sur Bukowski.

La nature du personnage de Chinaski fait qu’on y voit facilement la silhouette de son auteur. Mais je n’en voulais pas, je voulais que Dillon trouve son personnage en lui-même. Je voulais aussi qu’il n’aie pas peur d’en faire le minimum. De ne rien faire même, parfois. Je lui ai demandé d’être transparent, de faire confiance au premier degré du personnage et du film. J’ai essayé de lui donner de la liberté, et il l’a saisie.

Il habite le film avec autant de force que de naturel...

Les attitudes et la gestuelle sont complètement les siennes. J’aime beaucoup ce qu’il fait là. Sean Penn aurait été très différent dans le rôle ! J’ai un bon souvenir de Mickey Rourke dans Barfly, aussi. Même si le personnage était assez noir, assez crado.
En fait Barfly, c’est un peu comme un point de départ. Je voulais bifurquer et trouver autre chose. Chinaski n’a rien de pathétique, au contraire il a une certaine grandeur. Ce n’est pas un sentimental, il fait son chemin, son chemin à lui. Pour moi, c’est un exemple de droiture pour les jeunes générations, sincèrement ! Je voulais un film simple, franc, direct et généreux. En même temps, quand on en venait aux détails, je ne cherchais pas à inventer à tout prix et à tourner le dos à Bukowski. Factotum reste quand même du Bukowski tout craché. Sa veuve Linda nous donnait des conseils quand on l’appelait au téléphone : “Jamais de chaussettes blanches, jamais !” Malgré les apparences, Bukowski était aussi quelqu’un de très pratique, de très organisé, à sa manière. Il avait toujours un costume de rechange...

Le film ne semble pas avoir été tourné en Californie, où la plupart de ses livres sont situés.

Nous avons tourné dans le Minnesota, à Minneapolis et à Saint-Paul. Nous connaissions Christine Walker qui y avait produit American Splendor. C’était une question de budget mais aussi d’ambiance. Le roman est paru en 1975 mais les histoires qu’il raconte remontent parfois à la deuxième guerre mondiale ou à la fin des années soixante. L’époque n’est pas clairement définie. Dans le Minnesota, on trouve plein de bars, pleins d’endroits qui n’ont pas d’âge, qui ne semblent pas marqués par une époque ou par une autre. Le Midwest s'est beaucoup industrialisé dans les années 50 et 60. Depuis, la modernisation est allée frapper ailleurs, et plus rien n'a changé. En parcourant le centre des villes nous trouvions très facilement tous les décors dont nous avions besoin. On a tourné le film en 24 jours, en utilisant le meilleur de tout ce qui croisait notre regard. Je suis très méticuleux au niveau de la préparation mais, pendant le tournage, si le type qui s’occupe du café a une bonne idée, je la lui prends !

C’est aussi une région très marquée par l’immigration d’Europe du Nord. Était-ce un moyen pour vous de retrouver un terrain familier ?

Ils ont tous des noms scandinaves là-bas, c’est vrai ! Mais ça ne ressemble pas particulièrement à chez moi. J’aime beaucoup les Américains. Bien sûr, on leur attribue un côté un peu superficiel, et souvent nous ne mettons pas le même sens, les mêmes implications morales dans certains mots, mais les Américains m’intéressent beaucoup. Ils sont toujours prêts à saisir leur chance, à tenter un nouveau départ. Ce sont de véritables optimistes. En discutant avec eux j’ai découvert que souvent ils ne se retrouvent plus dans l’Amérique qu’on voit au cinéma. Le cinéma américain grand public ne filme plus leur Amérique, celle qui justement m’intéresse.

Hank Chinaski pourrait-il exister loin de l’Amérique, être un héros européen ?

Oui, pourquoi pas ? Beaucoup de gens vivent de petits boulots, ici aussi. Même s’il y a une différence d’échelle : ils sont 30 ou 40 millions aux États-Unis, alors qu’en Norvège la population totale est de 4 ou 5 millions. Par contre, je n’aurais pas situé Factotum en Europe, pour une question de langue. La langue de Bukowski, son ironie, sa précision, sa concision, je n’aurais jamais pu les utiliser traduites.

Il dit : “Quand je commence à douter de mon talent pour manier les mots, je n’ai qu’à lire un autre écrivain. Alors je sais que je n’ai pas de souci à me faire.” Et vous, elle vous plaît, cette phrase ?

Elle me fait rire, oui ! Moi, je suis beaucoup plus modeste ! Comme tout le monde, parfois je me trouve absolument génial et parfois je ne suis plus bon à rien. Alors, il faut reprendre courage. Mais c’est le genre de phrase de Bukowski qu’on ne peut pas prendre à la lettre. C’était un grand admirateur d’autres écrivains. Et puis, cela veut dire aussi qu’il pouvait être en proie au doute.

Vous commencez un nouveau projet ?

Je prépare une expédition de cinq semaines en Antarctique. Cela fait très longtemps que j’y pense. Ensuite je partirai trois semaines en bateau avec ma famille. J’étais marin, avant. Il a fallu faire des études, alors j’ai arrêté. Mais j’ai toujours voulu être marin.