En
chacun de nous, il existe trois personnes
En chacun
de nous, il existe trois personnes : celle que lon voudrait être,
celle que lon croit être et celle que lon est vraiment
Pour le héros de La Boîte noire (2004) et les secrets qui
le hantent, lheure de la rencontre a sonné.
A la suite dun accident, Arthur se trouve confronté à
une zone dombre de son esprit. Parce quune infirmière
a noté tout ce quil disait pendant sa phase de réveil
post-coma, il va avoir accès à son inconscient
sa boîte noire. Pour lui, il est enfin temps daffronter
ce qui lempêche de vivre, de découvrir les secrets
des vraies blessures de son enfance. Cette incroyable quête va
changer sa vision du monde en lamenant au bout de lui-même
Thriller atypique et envoûtant, La Boîte noire (2004) nous
entraîne au plus profond dun esprit, à la poursuite
dune vérité qui nous concerne tous
L'autre
nous
Richard Berry,
scénariste et réalisateur de La Boîte noire (2004)
confie : « Je me suis énormément documenté
sur les comas, les traumatismes cérébraux, mais aussi
sur les phénomènes psychiques et psychologiques associés.
Je me suis plongé dans les livres de neurochirurgiens et de neuropsychiatres,
en particulier celui écrit par Hélène Oppenheim-Gluckman,
Mémoire de lAbsence, une référence.
Elle sest spécialisée dans létude des
sorties de coma, sintéressant à ce que les gens
racontent jusquau délire dans ces moments-là et
à ce que cela a changé en eux. Sa première constatation
est tout simplement fascinante : quelle que soit la durée du
coma, celui qui en sort est toujours le même. Il ne perd jamais
son identité. Tous les rouages sont en place. Ce qui définit
lêtre est intact, mais son rapport au monde peut se trouver
modifié. Il peut ne plus reconnaître ses proches ou des
lieux. Il les réappréhende alors de façon complètement
neuve. Cest un point de départ fabuleux pour tenter de
cerner ce qui structure notre esprit et conditionne notre vie.
« Autre fait remarquable, la phase déveil est, sauf
cas extrêmes, toujours égale à deux fois la durée
du coma. Et dès que lon est complètement réveillé,
on oublie tout ce que lon a pu faire ou dire pendant cette phase.
Pourtant, durant cette période, notre esprit vagabonde librement
dans des zones quil ne peut jamais visiter durant notre état
normal. La boîte noire est alors ouverte
« On est tout à coup en contact direct avec notre inconscient,
là où est stocké tout ce que lon croit
souvent à tort avoir oublié, comme les traumatismes.
On sait, comme le rappelle dailleurs un des personnages du film,
que loubli est un besoin vital. Pourtant, parfois, dans cette
mémoire cachée, se dissimulent certaines des réponses
essentielles qui expliquent nos difficultés à vivre. Il
ajoute également que tout ce qui se dit pendant la phase déveil
équivaut largement à quinze danalyse.
« Cest un neurochirurgien, le professeur Truelle, qui ma
déclaré quil existait trois personnes en nous. Je
me souviens que lors dun de nos entretiens dans son bureau, il
y avait beaucoup de bruit et de cris dans le couloir. Une personne était
en train de jurer, de vociférer des insanités avec une
voix rauque, comme dans le film. Il sagissait dune femme,
dans sa phase de réveil. Elle avait reçu un choc sur le
lobe orbito-frontal, siège des inhibitions. Il nest pas
rare que des accidents de voiture provoquent ce genre deffets.
Le choc est désinhibiteur, et cest assez spectaculaire.
Comme pour mon héros, les verrous sautent, il na plus de
pudeur, il dit tout ce quil pense, cest assez jubilatoire
! »
Une autre face de l'identité
Richard Berry
raconte : « Juste après avoir découvert le premier
montage de Moi, César, Luc Besson ma dit que je devrais
faire un film noir, un thriller qui me permettrait dexploiter
les images et la mise en scène quil y pressentait. Jai
dautant plus réfléchi à sa remarque que javais
moi-même envie daller dans ce sens. Il ny avait dailleurs
pas de rupture de sujet entre Moi, César et La Boîte noire
(2004) car si la forme diffère, les deux traitent toujours dune
quête didentité. La Boîte noire (2004) repose
sur une clef de lenfance qui bloque un adulte, alors que lenfant
de Moi, César parle par la voix de ladulte que jétais
alors. Je navais donc pas un grand pas à franchir pour
écrire ce nouveau film. « Pendant deux ou trois mois, jai
commencé lécriture dun thriller sur lidentité
et puis un jour, ma fille ma dit que mon sujet lui rappelait une
nouvelle de Tonino Benacquista, La Boîte Noire. Je
lai lue et jai été très intéressé
par son idée de départ un homme qui fait des recherches
à partir des notes prises par quelquun dautre sur
ce quil a dit pendant sa phase déveil. »
Michel Feller, producteur du film, intervient : « A partir de
cette idée de base, Richard et son coscénariste, Eric
Assous, ont construit leur propre histoire. Parce que Richard na
jamais perdu de vue ni le fond ni la forme, il a réussi à
créer un film qui est à la fois un thriller sur linconscient
et un vrai film dauteur tourné comme un film daction.
»
Le producteur ajoute : « La Boîte noire (2004) vous captive,
vous interpelle, et le scénario apporte en plus un côté
ludique en montrant différentes interprétations dun
même personnage. Le film aborde les traumas, le sentiment de culpabilité,
le langage propre à linconscient qui guide nos faits et
gestes et peut nous rendre étranger à nous-même.
Mais au-delà de lenquête que livre le héros,
le film raconte son parcours vers la lumière, vers la liberté.
»
Michel Feller commente : « Cest le second film que je fais
avec Richard. Lexpérience et le travail ne servent quà
diminuer les filtres, les modifications successives qui peuvent sinterposer
entre le geste quun réalisateur a dans la tête et
le geste quil accomplit finalement. »
Ecrire à deux niveaux
Richard Berry
explique : « Ce scénario a été difficile
à écrire. Il fallait développer un thriller dont
la construction sapparentait à un puzzle, tout en assurant
la cohérence dun sujet très particulier. Pour mettre
les éléments en place, il ma fallu sept à
huit mois. Puis, pendant les six mois qui ont suivi, jai peaufiné,
retravaillé les dialogues.
« Par rapport à lhistoire, deux paramètres
étaient primordiaux pour moi. Je voulais dabord que tout
soit crédible dun point de vue médical. A la phase
décriture proprement dite, il ma donc fallu ajouter
des heures de recherches, de rencontres passionnantes, pour vérifier
chaque point.
« Lautre paramètre était davantage dordre
scénaristique. Avant dassumer ce qui lui arrive, le personnage
tente des échappatoires lhypnotisme, la drogue
Toutes ces portes ne mènent nulle part, je les ai fermées.
Il épuise ses recours extérieurs jusquà être
obligé de chercher les réponses en lui-même. Il
na pas dautre choix que daffronter. Cest aussi
lun des messages du film. La peur est souvent ce qui nous empêche
de faire face. On fuit, on évite, et rien nest résolu.
Jai pensé que le fait dassumer est libérateur.
Cest lun des thèmes qui me touchent, je labordais
déjà dans Moi, César. Je suis convaincu que tout
le monde peut y arriver. Sous cet angle, La Boîte noire (2004)
est aussi une fable. Certains pourront y voir un thriller original,
mais dautres y sentiront aussi des interrogations qui trouveront
un écho au plus profond deux. Tout le monde a sa boîte
noire. »
Le réalisateur précise : « Les sujets quaborde
le film sont éternels. Je ne lai pas fait de façon
consciente mais je men suis rendu compte a posteriori. Il est
question de culpabilité, de celle que lon génère
et de celle que lon subit. Il est aussi question des thèmes
les plus emblématiques qui sont à la base de la psychanalyse
: le sexe, largent et limportance fondatrice de lenfance.
»
José Garcia
Richard Berry
se souvient : « En écrivant, je navais pas encore
pensé à José, et cest en parlant avec Luc
Besson que son nom sest imposé. José a immédiatement
accepté avec un enthousiasme qui ne sest jamais démenti
par la suite. Il a été constamment à 300 % dans
le film et avec moi. Cest le plus beau cadeau quun acteur
puisse faire ! Je lui ai demandé beaucoup et il a toujours tout
donné. Il habite le film. »
Michel Feller intervient : « Nous avions besoin dun acteur
populaire dans le bon sens du terme auquel le public pourrait
sattacher. Cet homme normal devient notre guide dans
un voyage extraordinaire. José porte en lui cette capacité
de jouer avec la même intensité le drame ou la comédie.
»
Richard Berry reprend : « Nous avons beaucoup discuté du
personnage afin quil saisisse complètement tous les aspects
de lhistoire. Nous avons fait trois lectures complètes
pendant lesquelles je lui ai donné toutes les indications possibles.
Ensuite, cela sest joué au quotidien. José me disait
Avec toi, cest simple, il me suffit dapprendre mon
texte et après, tu membarques !.
« Les scènes ont très souvent été
tournées dans la continuité pour quil puisse simmerger
totalement. José savait que le tournage serait dur, mais cest
un acteur fantastique capable de faire des choses extraordinaires. Jai
essayé de le pousser au-delà de ses limites. Jai
tout fait pour lui en donner les moyens. Je me souviens que par exemple,
pour la scène où il arrive dans le bureau du docteur,
bouleversé de ne pas pouvoir aller voir sa psy, il avait beaucoup
de mal. Il ne parvenait pas à avoir la fébrilité
nécessaire. Je lui ai alors raconté ce quon disait
à propos de Michel Simon : quand il entre en scène,
il a lair den sortir, et je lui ai demandé
de jouer la scène comme sil en sortait ! »
Le
casting
Michel Feller
déclare : « Il ne faut pas avoir peur de mettre les comédiens
là où on ne les attend pas. »
Richard Berry explique : « Le film est particulier et nécessitait
de chacun un engagement complet et complexe. José a été
le premier engagé, mais autour de lui devait évoluer toute
une galerie de personnages.
« Marion Cotillard est un cadeau. Cest une actrice que jadore.
Elle investit ses personnages, les incarne dans toute leur profondeur,
elle est passionnante, belle, humaine. Son enthousiasme pour le scénario
et pour le film ne sest jamais démenti non plus. Pour chaque
scène, on peut lui demander le plus petit détail, le moindre
froncement de sourcil. Cest un bonheur total !
« Jai toujours vu chez Héléna Noguerra un
potentiel remarquable qui, au-delà de sa beauté, ne me
semblait pas du tout avoir été exploité. Pour elle,
je voulais un personnage plus fatal, plus dramatique, une beauté
redoutable. Je crois que son rôle la révèle enfin
dans toute sa dimension.
« Depuis toujours, japprécie Michel Duchaussoy, avec
qui jai joué à la Comédie-Française.
Je métais juré de travailler un jour avec lui. Tout
comme jespère vraiment le faire avec des gens comme Michel
Aumont ou Jean-Pierre Marielle. Michel Duchaussoy est le seul comédien
que javais en tête dès lécriture. Son
rôle est essentiel, cest lune des clefs.
« Je connaissais Gérald Laroche dans des rôles assez
sombres, mais javais du mal à limaginer dans un personnage
plus doux. Lorsquil a passé ses essais, jai tout
de suite vu quil en était capable. Il avait en plus une
très grande disponibilité et une vraie gentillesse. Il
avait envie de faire le film, et il était désormais clair
quil pouvait donner vie à toutes les dualités de
son personnage.
« Bien que nayant travaillé quune seule fois
avec Bernard Le Coq, je le connaissais bien et japprécie
vraiment sa façon de jouer. Il ne fait jamais de numéro
pour la caméra, il devient son personnage et le fait exister.
Son jeu est très intérieur. Son registre est très
large et il a ici loccasion de lutiliser sous de nombreux
aspects. »
Quelque part entre le rêve et la réalité
Richard Berry
explique : « Lunivers visuel du film était un enjeu
primordial. La phase de préparation a été deux
fois plus longue que pour un film normal, tellement les différents
départements avaient besoin dêtre parfaitement coordonnés.
Quil sagisse de la photo, des décors ou des costumes,
tout le monde a travaillé en parfaite harmonie.
« Pour maîtriser limage et parvenir à la texture
que je souhaitais, jai travaillé avec le directeur de la
photo dès lécriture. Je lui ai raconté le
sujet, lu des pages du scénario pour commencer à anticiper
le traitement de limage dans une désaturation pour
la première partie, puis une saturation plus poussée pour
la seconde. Létalonnage numérique nous a permis
de traiter les couleurs des décors sans perdre les vraies couleurs
des visages. Cétait essentiel.
« Pour les décors, il y a eu aussi un énorme travail
sur les couleurs. Tous les costumes même les blouses dont
les couleurs devaient se fondre dans la palette du film ont été
faits sur mesure. Cela permettait de rendre le film intemporel. Aucun
élément ne permet de le dater précisément.
Les costumes, les meubles, tout évoque une époque imprécise.
Je souhaitais cela pour emmener le film sur le terrain de la fable,
loin du temporel.
« Lesthétique du film sest définie instinctivement
en moi dès lécriture. Ce qui allait être filmé
était aussi important que la façon dont jallais
le capter sur la pellicule. Je souhaitais un climat hypnotique, des
mouvements de caméra affranchis des contingences matérielles.
Ils devaient être efficaces et liés à la signification
de laction. Nous avons joué sur tous les éléments,
y compris sur la forme des lieux. Certaines variations seront plus ressenties
que vues par les spectateurs. Cest vrai de lappartement
dArthur et de celui de son frère. Nous avons même
été jusquà faire varier la largeur du couloir
suivant les périodes pour influencer la perception inconsciente
des lieux. La deuxième partie à lhôpital est
un autre exemple. La couleur des draps est un peu plus vive. La chambre
dhôpital na plus la même forme. Des arbres apparaissent
à la fenêtre qui, dans la première partie, est munie
de barreaux pour suggérer lenfermement. Le film va vers
la lumière. Cest le parcours dun homme enfermé
dans ses doutes et sa culpabilité, qui va peu à peu vers
une vérité. Il enquête sur lui-même pour se
comprendre et se libérer. »
Le tournage
Michel Feller
intervient : « La Boîte noire (2004) est un film très
pointu sur le plan technique. Film dauteur filmé comme
un film daction, il a nécessité de nombreux mouvements
dappareils, des séquences de cascade au bord dune
falaise avec des enfants, des câbles, des accidents de voiture,
le tout en extérieur avec parfois des tempêtes de vent
De nombreux décors ont été construits en studio,
comme les appartements et certaines salles de lhôpital.
Dans ces décors, Richard bénéficiait dune
liberté de mise en scène, de mouvement. »
Le producteur poursuit : « Le tournage a duré 60 jours,
à Paris, aux studios dEpinay et dans les environs de Cherbourg.
Face à la météo qui a souvent joué contre
nous, le tournage sur la falaise na pas été simple.
Nous devions tourner en extérieur pour lambiance, lauthenticité,
mais toutes les actions exigées par le scénario auraient
justifié la sécurité dun studio. Alors, nous
avons cumulé, nous avons fabriqué un bout de falaise pour
obtenir le surplomb, nous lavons entouré de fond bleu,
et il y a aussi eu les grues et les câbles
»
Richard Berry raconte : « Lesscènes les plus compliquées
ont toutes été découpées et storyboardées.
La falaise a été un cauchemar. Le premier jour, la Technocrane
est tombée en panne tellement le vent soufflait fort. Le lendemain,
celle envoyée en secours a elle aussi lâché. Il
en a fallu une troisième pour arracher le plan et ce jour-là,
petit miracle, la lumière était plus belle que jamais.
Il faut saluer la production et Luc en particulier, qui ma toujours
donné ce dont javais besoin. Il est agréable davoir
un producteur qui soit aussi metteur en scène, pour savoir quun
plan peut nécessiter trois grues sans se borner au coût
de lopération. Mais ces plans valaient la peine. »
Michel Feller précise : « Pour une scène, nous avons
dû tout simplement vider des rues entières de Paris afin
que José puisse marcher dans une ville sans véhicules
et sans passants. Le résultat est surréaliste et fascinant.
Il y a très peu de figurants dans le film. Tous les personnages
visibles sont des rouages de lhistoire. »
Richard Berry reprend : « Une fois que lenvironnement dans
lequel les comédiens vont jouer est prêt, je me consacre
à eux. Je leur donne ce que je pense bon pour le film, en essayant
de leur parler comme jaurais aimé quon me parle.
»
« En tant que metteur en scène, je mefforce de valoriser
leur potentiel, ce que jaime en eux et ce qui ma poussé
à les choisir. »
Il ajoute : « Jai rêvé de ce film et jai
tout fait pour le concrétiser comme je le voyais. Je pense quau
départ, tout le monde imaginait un thriller décalé,
mais que le climat particulier du film, son autre niveau de lecture
que javais voulu, ne sont apparus à tout le monde quensuite.
Je crois avoir fait exactement le film que je voulais faire. »
Distraire et être utile
Richard Berry
confie : « Ce que jaime, cest raconter une histoire
qui parle aux gens. Jespère, à travers ce film,
leur faire passer un bon moment, les surprendre, les intéresser,
mais aussi les pousser à se poser des questions, à sintéresser
à eux-mêmes. Si La Boîte noire (2004) peut seulement
aider les gens à prendre conscience quil y a en eux une
boîte noire et quelle contient probablement ce qui peut
les gêner dans leur vie, alors jen serai très heureux.
Jai envie de leur donner quelques modestes moyens pour découvrir
leurs propres clefs, et peut-être se libérer dune
partie de leurs souffrances. Jusquà présent, les
témoignages que jai eus me confortent, particulièrement
chez les jeunes qui sont très sensibles aux thèmes du
film.
« Tout ce que jai vécu ma servi à structurer
ma pensée, à devenir un vrai réalisateur. Jai
limpression, la sensation, que jai enfin trouvé ma
vraie forme dexpression. Cest quelque chose que javais
en moi depuis toujours. »
Michel Feller conclut : « Pour moi, laventure de ce film
a été de soutenir la vision quen avait le réalisateur,
son climat, sa richesse de thèmes et sa force universelle. Jai
aussi été saisi par lépoustouflant travail
de José Garcia. Avec très peu de mots, par lénergie
et la tension, grâce à lincroyable humanité
quil insuffle à son personnage, on sattache à
lui. La Boîte noire (2004) est un film puissant, comme on na
pas lhabitude den voir. »
La musique
Richard Berry
nous livre : « Nathaniel Mechaly, cest une découverte.
Quelques maquettes sur des images ça et là ont suffi à
me convaincre quil y avait là un grand talent. Il a été
intimement touché par le film. Les images lont inspiré.
Il a très vite écrit un thème au piano que jai
adoré. Il a un sens de la composition classique très solide
mais il a aussi une grande modernité dans lutilisation
des sons, de linvention. La musique du film est envoûtante,
émouvante, violente parfois. Elle se fond dans les images et
les met en valeur discrètement. Nathaniel est un grand musicien,
je pense quil ira loin. »
Le personnage de José Garcia
Ce qui le
caractérise, cest son obstination. Il court après
sa mémoire et rien ni personne ne pourra len empêcher.
Il veut comprendre. Pourquoi roulait-il en pleine nuit sur cette route
près de Cherbourg, où sest déroulé
son accident ? Que signifient ses délires verbaux que linfirmière
a notés sur un carnet noir durant sa phase de coma ? Arthur aurait
pu, comme la majorité des gens, passer le restant de ses jours
avec son inconscient à côté de lui. Il aurait pu
ne jamais se rendre compte des erreurs et des événements
qui ont forgé son caractère. Mais voilà, le destin
en a décidé autrement. Des souvenirs quil pensait
enfouis à jamais resurgissent par bribes. Des souvenirs datant
de lenfance et qui, vingt-cinq ans plus tard, vont prendre une
ampleur considérable et une signification particulière.
Tout ça lobsède, le taraude, le perturbe énormément.
Dautant que dans cette histoire, il est à la fois lenquêteur,
la victime et le coupable présumé. Il ne peut donc compter
que sur lui-même pour recomposer le puzzle de sa vie.
Une enquête libératrice
Son enquête va obliger Arthur à revivre une deuxième
fois certaines tragédies de son existence. Je pense notamment
à la mort de son frère. Cest terrible pour lui,
ça le plonge dans une souffrance abominable. Toutefois, traverser
cette phase de douleur reste lunique solution pour quil
réussisse enfin à se libérer, à évacuer
ce sentiment de culpabilité qui le ronge depuis des années.
Par ailleurs, il névolue pas dans une logique de vengeance,
il se refuse à juger les actes des autres. Il avait juste besoin
de crever labcès afin de pouvoir réattaquer une
nouvelle vie avec sérénité.
De la comédie au drame
Je choisis souvent des films qui me permettent de me diriger vers dautres
films. Dans les nombreuses comédies que jai tournées,
jai toujours joué avec la générosité
quexigeait le metteur en scène, tout en croyant au maximum
à la situation et à mon personnage. Ce que jespérais
alors, cétait de pouvoir continuer à croire tout
autant à mon personnage, mais dans un contexte plus tragique.
Philippe Harel ma offert cette opportunité dans Extension
du domaine de la lutte. Moi, jétais habitué à
bouger, à remplir un espace et à composer avec une caméra
qui ne venait pas forcément chercher quelque chose en moi. Là,
pour la première fois, jai eu la possibilité de
remplir un personnage de lintérieur et de ne laisser voir
que ce que la caméra venait prendre. Jai récemment
réitéré cette expérience avec Le Couperet,
de Costa-Gavras. Le spectateur pénétrait, au sens figuré,
dans la tête dun personnage central instable. En ce sens,
je considère La Boîte noire (2004) comme une suite logique
du Couperet dans mon parcours de comédien : on y pénètre,
au sens propre cette fois, dans le cerveau du personnage.
Vitesse de jeu
Au début du film, javance à deux à lheure,
incarnant un Arthur fébrile, vaseux, mais aussi complètement
parano et se méfiant sans cesse de ce que lui racontent les gens.
Dans la seconde partie, quand Arthur reprend du poil de la bête,
je dois nettement accélérer le tempo. Cest rare
et très agréable de pouvoir varier la vitesse de son jeu
en cours de film.